L'un des plus beaux films de l'année sur des personnages LGBT+. Et surtout, l'un des plus durs dans la réalité qu'il cherche à dépeindre de ce que peuvent subir psychologiquement et physiquement les LGBT+. Pourtant, le duo de cinéastes ne fait jamais un film à sujet, ou même un film militant. Il s'agit avant tout d'une étude de personnages, aux antipodes l'un de l'autre. Chacun d'entre eux a ses qualités et ses défauts, chacun a ses points forts et ses faiblesses, chacun a ses raisons. Sans jamais chercher à juger, dénoncer ou désigner qui que ce soit du doigt, le film est le portrait d'une époque où rien n'est tout blanc ni tout noir, où rien n'est binaire. Femme est un thriller nerveux, symbole d'un monde (d'une société ?) au bord du chaos où (presque) plus personne n'arrive à communiquer correctement. La tension permet aux cinéastes de s'éloigner du réalisme, de quitter le terrain de la structure narrative classique, pour aller vers des intentions purement cinématographiques voire théâtrales (renversement de l'utilisation de la lumière, importance des vêtements, poids des ellipses, etc).
D'autant que la vengeance n'est pas tant le point central du film, il s'agit plutôt d'un dommage collatéral. Car sans jamais être violent avant sa fin, le film contient surtout une rage silencieuse. Celle-ci pousse les deux protagonistes à se poursuivre inlassablement l'un et l'autre, à créer un jeu de séduction en dehors de toute « norme ». Une façon pour les cinéastes de questionner le genre masculin, notamment. Et là-dedans, Femme agit tel un film de vengeance à l'ancienne (années 1940, 1950), mais en adoptant une esthétique moderne. En autres en s'inspirant parfois des clips vidéos et du malaise qu'ils peuvent procurer. A laquelle s'opposera parfois une austérité, un ton maussade. Parce que Freeman et Choon Ping font également le portrait désenchanté de Londres d'aujourd'hui, où l'effervescence et la cacophonie des distractions est un masque pour cacher la cruauté et la violence qui rôdent partout. Comme si la mort planerait à chaque espace. Même si, au bout de cette traque intime mutuelle, la sensibilité provient toujours du peu de couleurs qui émergent et restent au sein de l'obscurité.