Dès le début du film, on devine l'ironie de George Cukor dans la présentation de celles qui seront les personnages exclusifs de cette théâtrale comédie de moeurs. Les femmes de Cukor sont complaisamment bavardes, cancanières, frivoles, comme si le cinéaste jouait le jeu des argumenteurs misogynes.
Le film ne se déparera jamais de cette façon caricaturale, brillante et volubile, où les réparties fusent, simples mots d'esprit ou témoignages amusants de la lucidité que ces femmes ont de leur condition conjugale ou sentimentale. Toutefois, parmi ce large panel, parfois satirique, de la bourgeoise américaine, se glisse Mary, le personnage joué par Norma Shearer, à qui Cukor confère une identité un peu plus rigoureuse, celle d'une épouse blessée et amoureuse. Au hasard de quelques courtes ruptures de ton, le réalisateur montre avec sensibilité la souffrance d'une jeune épouse trahie, autant que la force de l'amour conjugal.
Pour autant, le film est et reste une comédie, comme le prouve un vaudevillesque happy end. Mary, figure principale, se fait sa place dans les scènes intimistes comme dans les séquences, très drôles, où elle est confrontée à la médisance amicale de véritables pestes ou bien au bon sens de joyeuses divorcées.
"Femmes" est un film toujours juste et spirituel. On en sort ravi...mais peut-être un peu saoulé par la cadence des dialogues et le flot de paroles!