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Critique de Femmes en miroir par Dartsofpleasure
Mémoire traumatique d'Hiroshima. Trois femmes en portraits retenus et bouleversants. Formellement sidérant. De beaux fantômes. Chef d'oeuvre
le 14 oct. 2025
Yoshishige Yoshida (ou Kiju Yoshida) fait partie de ces figures qui ont façonné un nouveau cinéma japonais dans les années 60, jugeant les codes désormais vieillots des Kenji Mizoguchi, Yasujiro Ozu et Mikio Naruse. Lui et ses acolytes accouchèrent de la Nouvelle Vague japonaise qui n'aura que peu de répercussions à l'international, en plus de voir sa popularité décliner au fil du temps. Et Dieu sait l'erreur de passer outre ce courant riche en expérimentations et en histoires palpitantes. Considéré comme le Michelangelo Antonioni japonais (Yoshida fut son élève, ce qui ne tient pas du hasard), le réalisateur filme les êtres humains, souvent la femme d'ailleurs, aux prises avec leurs sentiments qu'ils soient amoureux ou familiaux. Dans le dernier cas, nous pourrions presque voir une relecture moderne et torturée d'un Ozu qui n'a eu de cesse de promouvoir la beauté de la cohésion familiale.
"Femmes en miroir", film testamentaire de Yoshida qui se retirera du monde du cinéma, rejoint ce constat. Dans le titre, l'idée du miroir est de refléter l'être qui se trouve devant mais aussi de lui faire prendre conscience de ce qu'il est, de son apparence. La thématique centrale est la quête individuelle. La mère, la supposée fille et la petite-fille se cherchent dans leur cheminement existentiel. Le miroir qui représente ce que nous sommes est une subtile parabole de la quête de soi. Hors, le miroir brisé est le seul qui existe vraiment dans l'histoire. Sur une surface lisse, nous pouvons observer le moindre détail de nous-même mais qu'en est-il d'une surface abîmée si ce n'est qu'elle déforme notre physique, au point que ce qui se reflète n'est plus vraiment nous. Ce miroir cassé rejoint finalement le parcours de ces femmes qui n'ont qu'une vague idée de leurs choix de vie et/ou ont vécu dans un déni tel que rien de ce qu'elles n'ont vécu ne les représente.
Pour réparer le miroir, il faut aller au-delà des barrières que nous nous sommes forgées. Il faut se dépasser, ne pas avoir peur de l'inconnu et de la déception car la vérité, même la plus horrible, est dans l'absolu la meilleure des solutions pour vivre sereinement. Le mensonge ne fait jamais de bien (mais ce n'est que pure opinion personnelle). "Femmes en miroir" offre un portrait de femme forte. Une mère déterminée à aller de l'avant, à rattraper ses erreurs passées et refonder un corpus familial qui s'est disloqué sous ses yeux de spectateur à la fois victime et complice. Au-delà de ça, Yoshida filme les stigmates de Little Boy balancée sur Hiroshima et dont on connaît les conséquences épouvantables qui en ont résulté. Conséquences qui peuvent aller bien plus loin que les dommages corporels, preuve en est ici avec le désastre amoureux et in fine familial. Le point de convergence, cette ville meurtrie par le péril atomique, est l'illustration même de toutes les souffrances humaines.
"Femmes en miroir" peut compter sur un ensemble d'éléments riches et palpitants qui lui offrent une profondeur d'analyse plus que respectable. A cela s'ajoutant des acteurs à l'interprétation irréprochable, une OST magnifique (à la fois tragique et glauque) et des décors aux couleurs ternes qui collent à l'ambiance. Le seul problème, et que j'ai rencontré dans "Promesse" toutefois en plus prononcé, est qu'il y a des baisses de rythme palpables. Cela peut nous amener à décrocher brièvement du visionnage. En l'état, "Femmes en miroir" reste une oeuvre plus qu'honorable pour un dernier coup de poker d'un cinéaste malheureusement trop sous-estimé par chez nous.
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Créée
le 29 oct. 2021
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