Deux lycéens complètement cons tuent une femme au hasard,juste parce que Damien,le mâle dominant du duo,veut expérimenter des thèses fumeuses sur le libre-arbitre,le crime parfait et la toute-puissance.Mais Zoé,une opticienne qui travaille dans le quartier,les a croisés devant l'immeuble où ils ont perpétré leur forfait,et elle les soupçonne."Fever" est le premier film,et heureusement le seul,de Raphaël Neal,un photographe parait-il réputé et acteur occasionnel.Il est en plus coproducteur de l'oeuvre,essentiellement financée de manière participative,et aussi coscénariste avec la romancière Alice Zeniter de cette adaptation d'un bouquin de Leslie Kaplan.En l'état,on pense immédiatement à "La corde",un mauvais Hitchcock,ou à la rigueur à son remake moyennasse "Calculs meurtriers".La première partie du film joue effectivement cette carte du thriller,mais dans le cadre du cinéma français auteurisant,et le moins qu'on puisse dire est que ça ne fonctionne pas du tout.Ce n'est pas mauvais,non,on est bien au-delà de ça tant la nullité satisfaite est ici à son zénith.On assiste médusés à une suite de saynètes courtes et elliptiques mal écrites,mal filmées et vides de tout contenu un tant soit peu consistant.C'est d'un ennui distingué absolu et rempli de personnages stupides et antipathiques.On est dans du bobo-gaucho pur et dur,"l'action" étant circonscrite à quelques rues de Paris-Centre et à un lot de crétins qui s'écoutent parler pour ne rien dire.On est sur de la production fauchée et ça se voit tant le dispositif est minimaliste.Neal ne sait visiblement pas manier une caméra ni régler une scène,ni diriger des acteurs,lesquels ne sont de toute façon guère motivés et jouent faux en toute décontraction,peut-être parce qu'ils n'ont comme les techniciens pas été payés.Ces professionnels sympas,ou qui n'avaient vraiment aucun autre engagement en vue,ont accepté une participation aux bénéfices,donc ils ont bossé gratis vu qu'on ne voit pas quels bénéfices aurait pu engranger cette sinistre bouse.Jusque-là on patauge dans le polar psychologique invertébré,additionné d'un énorme sous-texte homosexuel,car on voit bien que l'indéfectible amitié des deux neuneus a des racines amoureuses,surtout du côté de Damien,un taré majuscule.Normal,il est le rejeton d'une riche famille,celui qui forcément pervertit son camarade plus modeste.Nonobstant ces clichés moisis,l'ami Raph nous embringue ensuite dans une seconde partie qui va dépasser les balises à grande vitesse.Car figurez-vous qu'il y a un deuxième étage à la fusée,la Shoah qui fait son entrée triomphale et inattendue au milieu du désastre.On était dans "Les sous-doués jouent à être Dieu",nous voilà dans "Les assassins fightent les collabos".Diantre,voici donc que Damien la Malédiction soupçonne que son grand-père adoré aurait trempouillé en sa jeunesse dans l'organisation des convois vers les camps de la mort.Et il en est tout ulcéré le gamin,lui qui est un modèle de rigueur morale.En plus la grand-mère de son copain est une ancienne déportée,c'en est trop pour le tandem de demeurés qui se met en devoir d'enquêter en fouignassant sur internet afin de démasquer ce salaud de papy.Sans résultat d'ailleurs,vu qu'ils ne trouveront rien de concret,mais ça leur permet de se taper un délire rétro,de se travestir en femme ou en nazi et de gaver le spectateur avec des tunnels entiers d'Hannah Arendt lus à voix haute traitant des méfaits d'Eichmann ou Heydrich.Et c'est là que débarque la clé psychologique du film,l'explication du meurtre initial.Ces deux pauvres niais ont en réalité une bonne excuse à leur acte abject.Damien est cinglé,mais c'est à cause de sa fatale hérédité,grand-papa était,peut-être,complice de crimes contre l'humanité,ce qui n'explique rien mais dans le film explique tout.Il est issu d'une lignée de français de souche,donc de salauds,donc d'antisémites,comment voulez-vous qu'il fût normal,le pauvre?Quant à Pierre,en tant que victime éternelle du même antisémitisme,il a bien le droit de se venger un peu en exterminant quelques goys,c'est quand même la moindre des choses,non?Cette brillante démonstration de sociologie politique appliquée pour happy few parisiens progressistes macère tout du long dans une musique et sur des chansons de l'immonde Camille,chanteuse sans justesse à la voix de crécelle et aux compositions déstructurées donnant une irrépressible envie de boules Quiès.Christophe Loizillon et Pierre Moure,lycéens de 25 et 31 ans,ont l'air de baltringues du début à la fin et sont ridicules à fond en théoriciens du crime et de la solution finale.Julie-Marie Parmentier mérite mieux que ce genre de bourbier et doit se contenter de son personnage falot de témoin velléitaire mal dans son couple.Philippe Laudenbach et Françoise Lebrun émargent au titre de survivants de la WW2,ce qui est une performance notable car il faudrait pour ça qu'ils eussent environ cent ans,ce qui ne semble être le cas ni de l'un ni de l'autre,à moins qu'on ne les aie conservés dans le formol.Et puis il y a Sabrina Seyvecou,Pascal Cervo,Marie Bunel,Judith Henry,Julie Judd,Lou Castel,Benoît Ferreux et Camille dans son propre rôle ou presque.