Fièvre
6.5
Fièvre

Film de Louis Delluc (1921)

Une évocation esthétique de la fièvre particulièrement moderne...

...En tout cas pour moi qui connais mal le cinéma des origines. Le film ne m’a certes pas accrochée car je suis probablement trop éloignée du public de l’époque. Pourtant, je conçois qu’il est d’une grande modernité. Il y a des recherches esthétiques particulièrement novatrices et bien trouvées.


J'ai eu quelques difficulté à comprendre l'histoire car j'ai vu une version sans intertitres. Mais ça se passe dans un bar à matelots avec des marins et des prostituées. Ils échangent des regards lourds de sens et de concupiscence. Une bagarre éclate, l'un d'eux meurt.


Certes, l'histoire est hautement cliché. On prêtait alors à l’époque au milieu portuaire un effet délétère sur la psychologie. C’est la fameuse “fièvre”, et même “la boue” (choix initial de Delluc, refusé par la censure) du titre. Mais le réalisateur la rend avec une audace morale et esthétique particulière.


Ce n’est pas l’histoire qui est moderne. Bien au contraire, le film brode sur le lieu commun des bas-fonds portuaires, cher aux romans maritimes de l’époque. Le film est rempli de marins et de prostituées qui se jettent des regards libidineux trop appuyés, et par-dessus le marché soulignés par leur maquillage charbonneux et des gros plans répétitifs. En plus, les scènes sont sur-exposées à la lumière, ce qui fait une image peu agréable.
Mais, première chose surprenante, l'évidence du désir, et surtout une grande violence. La scène de la bagarre mortelle m’a même choquée!
Deuxièmement, la construction du récit est très audacieuse, avec des flashbacks et des scènes revues selon plusieurs plusieurs protagonistes. Il y a un retour en arrière aux trois quarts du film où l’on revoit certains plans sous un autre angle, avec un autre montage; le passé de certains personnages, en d’autres lieux (alors qu’il y a une unité de lieu), est intercalé dans le récit.


Troisièmement, Delluc use d'effets cinématographiques pour rendre de manière brillante la “fièvre”, par une accélération de l’enchaînement de plans extrêmement variés, assortie à une accumulation des personnages et des détails. En contrepoint, il offre des vues relativement statiques sur les navires de Marseille, comme des respirations dans le film.


Bref, Louis Delluc rend une évocation particulièrement réussie de la “fièvre”, usant d’un langage cinématographique, à la fois visuel et narratif, extrêmement bien maîtrisé et complexe, malgré des maladresses clichetonneuses, pionnier pour son époque.


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PolaireFerroviaire
6

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Créée

le 19 janv. 2020

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