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Le souverain et l'artiste
L'antépénultième film de Shirô Toyoda, de nouveau une adaptation littéraire, se déroule durant l'ère Heian (794-1185). C'est à un fascinant jeu cruel que l'on assiste entre un souverain...
le 8 janv. 2025
Vu au Nippon Connection Festival de Francfort.
Figures infernales est fondé sur une nouvelle de Ryūnosuke Akutagawa, et partage donc ce point commun avec Rashomon. Petite anecdote au passage : c'est le fils de l'auteur qui a composé la musique du film ! De manière plus ancienne encore, le fond de l'histoire vient de contes japonais ancestraux. L'histoire se passe d'ailleurs dans la période Heian, donc en gros aux alentours de l'an 1000 de notre ère, marquée par une classe dirigeante très privilégiée et par une grande pauvreté pour 99% de la population. Elle installe un face à face entre un seigneur local puissant et cruel et un artiste coréen qui lui tient tête : le seigneur reconnaît le talent du peintre, et souhaite qu'il peigne de belles fresques notamment pour le temple qu'il construit, alors que l'artiste ne souhaite peindre que ce qu'il peut voir, et donc peint des choses affreuses, allant jusqu'au souhait de peindre l'enfer lui-même. Entre eux, la fille du peintre : séquestrée une première fois par son père pour ne pas qu'elle épouse son jeune apprenti japonais, elle s'enfuit mais devient prisonnière du seigneur qui la prend comme concubine, et se retrouve au centre de négociations entre les deux hommes. Le film tourne autour de cette tension entre eux, avec l'artiste qui cherche à montrer la réalité et la misère des gens au seigneur, qui reste convaincu du bien fondé de son règne. La fille, quant à elle, ne restera qu'un jouet entre eux, et le père, lors d'une scène magistrale, se rend finalement compte qu'il est aussi cruel et égoïste que le seigneur. Dénonciation des inégalités, puissance de l'art, place des femmes, parentalité... un film riche de thèmes, et de couleurs ! Un défilé fantasque de costumes bariolés, de paysages idylliques, de peintures atrocement réalistes, et d'incendies écarlates. Une touche très expressionniste et fantastique qui rappelle fortement les futurs films de Kurosawa en couleurs. Le rôle de l'artiste est d'ailleurs tenu par un Tatsuya Nakadai grimmé en vieillard, alternant entre la sérénité du peintre et la panique du père. Il esquisse à bien des égards les rôles qu'il aura justement avec Kurosawa dans les flamboyants Kagemusha et Ran.
Créée
le 7 juin 2026
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