Il me semble qu'il n'y a que l'originalité d'ambiance qui relève de manière substantielle le niveau de ce film noir assez neutre, comme en mode pilote automatique, collé aux basques de Robert Mitchum en joueur professionnel à qui on propose un mystérieux contrat hautement lucratif s'il s'envole pour un club de vacances au Mexique pour quelque temps. Autant la première moitié peut éventuellement évoquer les codes classiques du noir états-unien à caractère exotique, posant les bases un peu trop tranquilles d'une intrigue qu'on pense classique, autant lorsque toute la faune du casting se retrouve dans ce lieu bizarroïde mexicain, "His Kind of Woman" part complètement en sucette dès lors que le personnage de Vincent Price est lâché dans l'arène. Joli festival de cabotinage agréable, et singulier dans ce contexte de polar 50s, puisque ce dernier est censé interpréter un acteur sur le déclin qui n'en finit pas d'envahir tout l'espace. Aussi, très étonnamment, le film donne l'impression de lorgner du côté de la comédie de manière absolument volontaire, reléguant de fait la dimension de film noir assez loin. Je ne crois pas pouvoir citer un autre film de cet acabit.
Pourtant l'histoire de fond est profondément sordide : c'est un peu "Volte-face" avant l'heure, un gros mafieux expulsé des États-Unis souhaite y retourner en changeant de visage, avec l'appui d'un ancien chirurgien nazi (forcément). Et on apprendra que ce sera le personnage de Mitchum qui lui servira d'identité de substitution... Mais de cette trame sordide n'émergera que quelques moments de tension, assez faibles, notamment sur la fin lorsqu'on est embarqué sur un bateau avec potentielle injection d'une saloperie aliénante. Pour le reste, Mitchum passe son temps à faire des rencontres improbables, une artiste exilée qui se fait passer pour une femme riche, un flic infiltré, et donc un acteur légèrement has been qui n'arrive pas à avancer avec son divorce. Manifestement, ce dont on se souviendra longtemps, c'est Price s'adonnant à une défense armée dans la forêt du coin en citant du Shakespeare à tout-va. "I must rid all the seas of pirates", "This place is dangerous, the time right deadly", "Don't stand there jabbering. Abandon ship"... Bordélique, baroque, indéfinissable, un peu décousu, presque parodique et grotesque, mais sympathique.