Difficile d’entrer dans Finis Terrae. Le début peine à installer un rythme, le récit piétine, les dialogues (muets, bien sûr) peinent à s’intégrer dans la structure narrative, et les images semblent se répéter sans véritable progression. L’incident déclencheur – la coupure au doigt qui brise l’amitié entre les deux protagonistes – est maladroit et peu crédible. Et pourtant… dans sa dernière partie, le film trouve enfin sa voix. Le drame surgit, les émotions se réveillent : les mères inquiètes, le village en émoi, l’urgence du sauvetage, le danger réel de la mer. Tout s’emballe et, soudain, Finis Terrae devient un vrai récit, tendu, habité, avec une direction dramatique claire. Le scénario, jusque-là hésitant, finit par trouver une trajectoire digne de ce nom.
Mais ce n’est pas sur le terrain narratif que Jean Epstein brille le plus. Finis Terrae semble vouloir s’ancrer dans une démarche ethnographique – à mi-chemin entre la fiction et le documentaire – sans vraiment y parvenir. On perçoit bien quelques détails issus d’une observation sincère du quotidien des goémoniers bretons (les vêtements, les gestes du travail, la rudesse des conditions de vie), mais cela reste souvent en arrière-plan, supplanté par la recherche esthétique, omniprésente.
Et c’est là que réside la véritable puissance du film : dans sa photographie. Jean Epstein filme la mer comme peu l’ont fait avant lui – ou même après. Elle est menaçante, indomptable, inhumaine. Les corps sont marqués par la fatigue, le vent, la pierre, le sel. Les paysages, balayés par le souffle d’un monde inamical, sont habités par la beauté terrible du désastre.
En résumé, Finis Terrae est un film bancal, hésitant entre documentaire, fiction et poème visuel. Si son scénario met du temps à s’imposer, et si son ambition ethnographique reste inaboutie, sa puissance esthétique en fait une œuvre marquante, habitée par la mer, le vent, la pierre – et la fin d’un monde.