Fireworks
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Court-métrage de Kenneth Anger (1947)

Entre fantasme et cauchemard éveillé. Je vous spoile d'office l'intégralité de ce court-métrage car il ne repose pas sur le suspense et le contenu de son histoire, sans être graphique, est susceptible de vous mettre plus mal à l'aise encore (scènes de violence et de viol) que ne le souhaitait le cinéaste.


Résumé:

Nous suivons un homme, attiré sexuellement par les hommes, au moins dans ses rêves. Sa rencontre avec un beau marin un soir dans un bar passe du désir refoulé à des passades viriles, puis à la séduction et l'attirance mutuelle. Il ont une aventure. D'autres marins remarquent notre homme, trop homosexuel à leur goût: ils le traquent, le torturent, le violent, et le laissent nu, victime de ces dégradations dans un urinoir public. C'est son amant d'un soir qui l'y découvre. Le traumatisme de cet évènement, cette blessure, détruit la sexualité de notre protagoniste, mais pas ses sentiments pour son marin, qui reste à ses côtés. Le récit se clos sur l'idée de la guérison et d'un retour possible au désir, l'amour.

Donc sujet bien lourd.


Le film date de 47, post Code, alors que l'Amérique se raidit (pas en bien) contre les sexualités minoritaires auxquelles elle s'intéressait peu jusque là (voir: la popularité de la Beat Generation). L'armée américaine est encore déployée à travers le monde, et les homosexuels (comme beaucoup d'autres j'ai envie de dire) en sont bannis sous peine d'exclusion pour indignité. C'est l'époque de la montée en puissance du même masculinisme machiste qu'on retrouve dans l'Europe fasciste et nationaliste, qui créera plus tard des icônes de fiction comme les personnages de John Wayne et GI Joe. Engagement sociopolitique du cinéaste, 20 ans à l'époque et probablement lui même visé par ce type de danger: 10☆. Dénoncer la barbarie et intimer dans le même temps qu'on peut en guérir, c'est osé, et dangereux. Le parallèle avec la fin de la guerre n'est pas non plus à prendre à la légère.


Mais le film est aussi intéressant visuellement, car rien n'est montré explicitement: tout passe par le symbolisme et l'allégorie. En moins de 15 minutes, avec un budget clairement limité, Anger arrive à faire passer plusieurs messages de manière claire et concise. Du début à la fin, on est dans le domaine du rêve: chronologie déconstruite de l'action, thématique de la nuit et du sommeil, de l'inconscience. Les scènes oniriques s'enchaînent comme des tableaux, la caméra jouant du flou et de la lumière. Il y a un fond de la science des rêves. Les objets prennent leur sens en contexte: le feu, les combustibles, le lait, la pâleur... La brutalité du désir d'amour s'oppose à celui de destruction. Le protagoniste est présenté comme un martyr, son amant comme ce que devrait être un homme, lui nouvelle figure de la virilité. Sans être à un niveau technique épique ni avoir un screenplay ou même un jeu d'acteurs complexe, le cinéaste arrive à exprimer distinctement son point de vue de manière impactante.


Accessoirement, j'apprécie un film qui tacle la question de l'homophobie masculine sans reculer devant l'hypocrisie et l'obscénité de ses alliés tout en ne faisant pas d'eux le fond de l'histoire. De même pour les scènes de viol, tellement courantes et banalisées à l'écran quand il s'agit de femmes, dont on ne parle ni de l'impact ni du sens social profond dans le cinéma avant la fin du XXème siècle. Les artistes ont bien remarqué que pour être pris au sérieux il fallait que le spectateur considère la victime comme une vraie personne, un autre soi disposant de droit et d'une égale dignité humaine. C'est d'ailleurs de là qu'est né le BL dans le manga shoujo avant de se diversifier vers l'érotique.


Dans le même type de motifs pour un autre dénouement, je pense beaucoup à Belladonna / Kanashimi no Beradonna / Belladonna of Sadness (1973), qu'on suit à la 1ère personne dans ses souffrances par des représentations indirectes. Elle, ne cherche pas la grâce divine.

Welcrom
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le 28 juin 2025

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