Fleur Pâle est le premier film de Masahiro Shinoda que je regarde dans le cadre d'un dossier sur le cinéma japonais des années 1960.
Ce film est avant tout extrêmement formaliste, en cela qu'il travaille constamment son image que ce soit au niveau du noir et blanc qui sublime le visage et les yeux de son actrice principale ou dans les cadres composés et souvent symétriques qu'on retrouve tout au long du film.
Cet impact esthétique rend l'expérience très plaisante bien que l'on sente le passage du temps au cours du film puisque la trame narrative évolue de façon assez douce. Le film nous offre un portrait finalement assez pure des yakuza, l'univers dans lequel on évolue avec des relations majoritairement fraternelle même si leur monde est fait d'une certaine violence. Ce monde de yakuza est un point qui à son importance car il cadre l'activité du protagoniste et les lieux dans lesquels il évolue mais le point centrale du film est évidemment sa relation avec Saeko l'ange du titre de ma critique, une jeune femme obsédée par le jeu.
Au fil du film, le yakuza se prend de fascination pour cette femme étrange qui pari avec une grâce et une puissance folle lorsqu'elle joue avec les yakuza. Les deux personnages se ressemblent dans leur façon de ressentir de l'ennuie par rapport à l'existence et sa vacuité. Le yakuza va passer du temps avec cette femme et être perdu lorsqu'elle disparaît plusieurs fois comme un mirage ou un être d'une autre nature.
Ce qui rend cette femme si impressionante aux yeux du héros comme du spectateur c'est sa recherche d'aventure, de vie par la confrontation au danger que ce soit en pariant de l'argent, en prenant de la vitesse dans une voiture classieuse (lors d'une scène de course poursuite découpée de façon bizarre entre prise de vu réel et voiture devant un fond d'image projeté qui donne à la poursuite un caractère irréel et un rythme qui le dissocie du reste du film extrêmement droit dans ses plans fixes comme ses travellings), ou à la drogue (donnant lieu à une scène de cauchemard d'une certaine perfection esthétique).
Cette ange, qui attire le regard et l'attention par sa présence quasi mystique va vamyriser le personnage principal, diriger ses actions, lui faire renoncer à sa relation amoureuse sans pour autant en avoir une avec lui, jusqu'à l'amener à nouveau à son point de départ en le poussant par sa seule présence à agir violemment pour l'impressioner (car le sens du devoir ne m'apparaît pas comme la raison de son agissement) dans une séquence à l'ambiance et au visuel magnifique où l'imagerie divine est omniprésente.
Ce film est donc, en somme, un objet au rythme troublant qui tient et touche le spectateur par son ambiance (dans les scènes de jeux filmés comme de véritable cérémonie) et par la puissance de jeu de sa comédienne principale qui fascine jusqu'à la dernière minute du film.