Le film est un virage capital dans l’histoire du poliziottesco et dans la carrière de Tomas Milian. Pour sa première incursion dans le genre, Bruno Corbucci fait, en effet, le pari d’intégrer une dose d’humour dans un univers où les démonstrations de violences sont légion. Si le résultat reste un véritable polar ancré dans le quotidien des Italiens, il joue la carte du divertissement plus léger. L’entrée en matière est, en ce sens, symptomatique. Tandis que des touristes débarquent à Rome et descendent de bus, un homme face à eux baisse son pantalon et feint de faire ses besoins dans la pelouse. Sidérés, les touristes s’emparent de leur appareil photo pour immortaliser l’instant. Il s’agit en fait d’un leurre puisque des voleurs en profitent pour les délester de leurs bagages. Le ton est ainsi donné même si le film sera, au final, un peu plus sérieux que ça. Au regard du succès que rencontra le film, on comprend, en tout cas, que Bruno Corbucci avait réussi à saisir l’ère du temps. Le public voulait toujours de l’action mais attendait des films au ton plus léger, comme ce fut le cas quelques années plus tôt avec le western. Une direction originale qui donna un nouveau souffle au genre tout en annonçant son déclin.


La clef de ce renouveau est le personnage de Nico Giraldi, à la fois imaginé par Corbucci et par son interprète Tomas Milian. Inspiré d’un ami rencontré à Rome (et qui joue ici sa doublure) et du Serpico de Sidney Lumet (son appartement compte deux affiches du film et son rat domestique porte le nom de Serpico), le personnage de Giraldi porte un accoutrement qui va bien au-delà du simple jeans. Bonnet de laine multicolore, chaussettes bariolées dont il ne se sépare jamais même quand il se retrouve au lit avec sa conquête du film, barbe de dix jours et hygiène douteuse, Nico Giraldi détonne dans le paysage policier. Avec son dialecte romain parfois incompréhensible (dont Tomas Milian lui-même a écrit une partie des textes même s’il est doublé par Ferruccio Amendola), il est l’incarnation de l’homme de la rue. Son histoire, d’ailleurs, est celle d’un voleur qui a fini par s’engager dans la police. De fait, ce flic n’a absolument rien à voir avec les flics-justiciers que le poliziottesco donne habituellement à voir. Aux antipodes d’un Maurizio Merli au discours fascisant, Tomas Milian incarne un flic soucieux de la justice, tolérant avec les petits voleurs et impitoyable avec les recéleurs qui tirent bénéfice de la misère quotidienne. En clair, un flic qui penche politiquement à gauche.


Soucieux de trouver le juste équilibre entre polar, action et comédie, Bruno Corbucci réussit à ne pas trop en faire même si certaines scènes préfigurent l’aspect lourdingue de ces comédies à venir. La présence de Jack Palance (malheureusement sous-exploité) permet aussi de ne pas virer à la grande pantalonnade. Le type américain ne plaisante pas et dégomme sec dans les rues d’une ville de Rome dont le visage social est bien triste. Tout n’est pas convaincant, loin de là (le final, par exemple, est très maladroit), mais le film a le mérite de proposer un ton nouveau tout en respectant le cahier des charges du genre (avec de nombreuses cascades en moto, notamment). Ce succès conduira à dix suites qui seront de plus en plus marquées par le ton de la comédie lourdingue, bien éloigné des codes du poliziottesco qui, entre-temps, aura disparu.


5,5


Play-It-Again-Seb
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le 23 mai 2024

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