Première critique (2017) :
Je ne l'avais pas revu depuis très longtemps et en gardais un souvenir presque moyen : quel plaisir cela a été de redécouvrir « Forrest Gump » ! Certes, on n'échappe à quelques caricatures, certains épisodes sont expédiés (notamment celui avec les Black Panther) et le dénouement fera ricaner les mauvais esprits, mais sincèrement, quel souffle, quel lyrisme ! Spectacle total d'une incroyable générosité, nous faisant traverser une belle partie de l'Histoire des États-Unis au XXème siècle via le regard d'un simplet (ce qui rend le portrait du pays d'autant plus fort et loin d'être toujours aussi positif qu'on n'a pu l'écrire), démarche audacieuse portée par une réalisation remarquable et un scénario intégrant intelligemment les grandes figures historiques de l'époque, le tout grâce à des effets visuels révolutionnaires (bon, pour John Lennon c'est un peu raté mais le reste, c'est classe!) et des personnages forts, notamment chez les seconds rôles : Gary Sinise, Robin Wright et Sally Field sont excellents, tandis que Tom Hanks est vraiment bon dans le rôle-titre, sans être aussi exceptionnel qu'on a pu l'écrire. Un superbe divertissement qui se bonifierait presque avec l'âge : du grand Zemeckis.
Seconde critique (2024) :
Pas revu depuis un moment, j'étais à la fois légèrement inquiet et finalement très peu à l'idée de revoir ce très grand classique du cinéma moderne. Beaucoup plus complexe et désenchanté qu'il ne peut paraître au premier abord, « Forrest Gump » est de ces films traversant remarquablement les années, parlant de décennies révolues, mais le faisant tellement bien que cette plongée historique mélangeant réalisme et fantaisie se suit toujours avec un immense plaisir, porté par des personnages et des performances d'acteurs inoubliables (seconds rôles compris), emballé par un Robert Zemeckis sans doute très hollywoodien mais néanmoins au sommet de son talent.
Certains y verront une vision un peu manichéenne des événements, mais n'oublions pas que tout ou presque est raconté du point de vue d'un simple d'esprit, expliquant ce décalage parfois important entre la représentation à l'écran et la réalité. Ce qui n'empêche pas notre héros d'être au moins aussi pertinent, voire beaucoup plus humain, sincère que de nombreuses personnes autour de lui. Et une conclusion tout en douceur et mélancolie, sur la perte de l'innocence et le passage, presque forcé, à l'âge adulte. Magnifique.