L'histoire qui se veut émouvante et pleine de violons sert le versant doré du mythe de l'American Dream et ses slogans de morale aux accents publicitaires : le bonheur sourit aux innocents, tout vient à point à qui sait attendre, aide toi et dieu t'aidera, et autres duperies marketings.
Ce film est un hommage à la méritocratie, à la réussite personnelle dite désintéressée, à l'innocence puérile qui n'empêche pas de "gagner" en étant héros de guerre et milliardaire, où chacun à sa chance, etc. Gump incarne le rêve américain dans tout son aspect Disneyen et puritain : un seul amour, unique et vrai; la politique militante c'est les méchants ; un seul rapport sexuel pour toute une vie de fidélité et qui sert à la procréation divinement inattendue, et les vices de la femelle qui a fuit son destin de mère dans la drogue et la contestation se trouve punie par Dieu et Satan à travers le sida. Gump échappe à tous les péchés capitaux, et même il est dans l'antiracisme à l'américaine : le blanc qui consent à accepter le noir près de lui. Le fameux racisme bienveillant si cher à la social-démocratie capitaliste.
Bref, une sinistre sérénade, bien réalisée mais non pas moins propagandiste. Au mieux, on peut y voir un édifiant documentaire de cette si glauque Amérique états-unienne, ici dans son ignoble parenthèse du XXe siècle.
Le vrai message du film est clair : Gump incarne la revendication du "rien à foutre", le droit et le devoir américain et libéral de ne pas chercher à comprendre, de se détacher de tout ce qui a une portée collective. C'est le droit bourgeois tel que décrit par Marx : le fait de protéger l'anti société, c'est-à-dire de pouvoir s'en foutre totalement du sort collectif, de la société dans ses fondements communs, en d'autres termes le droit à l'égoïsme le plus brut et cru, qu'on appelle autrement individualisme ou... "Liberté". La liberté de ne pas participer ni contribuer au collectif, la liberté de ne pas comprendre, de ne pas critiquer, la liberté d'être coupé de la société. Cette "liberté" qui détruit actuellement la planète et le vivant, et l'humain lui-même.