Foxfire brûle mais pas trop non plus

Je suis extrêmement mitigée, je pense que j'aurais aimé si je n'avais pas lu le roman de Joyce Carol Oates.


Foxfire est très frustrant parce qu'il est poétique, on ressent vraiment toute l'âme des 90s mais certainement pas celle de Legs qui a été manic pixie dream girlifiée à fond alors que c'est un personnage bien moins énigmatique dans le bouquin. Ce dernier s'étale d'ailleurs sur des années et non sur une semaine, ce qui est déjà un peu plus sensé.

Le film joue sur la shock value supposée par l'indépendance d'adolescentes dans une Amérique des banlieues en quête de sens et traversée par l'épidémie du SIDA, mais semble ne pas comprendre la soif de liberté de ses personnages au-delà d'une monstration de la culture alternative et de la thématique de la vengeance, d'ailleurs confondue avec la notion de justice.

Les séquences dans lesquelles le gang est rassemblé donnent lieu à de jolis moments intimistes et homoérotiques qui malheureusement ne dépassent jamais ce stade et peinent à créer un véritable lien entre les personnages et avec les spectateurs.


Le film opère plusieurs changements et suppressions qui m'agacent (quid du chien de Goldie, du personnage de Lana, du prêtre, de la belle-mère de Legs ?), et d'autres que j'ai trouvés assez pertinents (subvertir le "journal" des exploits de Foxfire par des photos polaroïd pour mieux coller à l'époque, c'est très astucieux). Il manque cette montée en puissance qu'on retrouve dans le roman, les actions du gang sont finalement très limitées tandis que dans le livre, les filles se battent pour une forme de justice féministe mais surtout anticapitaliste, aspect complètement absent de cette version. Les actions de Legs semblent prendre leur source dans une impulsivité et une instabilité naturelles et rarement questionnées. Elle devient une jeune fille mystérieuse qui se laisse porter par le vent et emporter dans des voitures sans que l'on ne s'interroge sur son errance, la rendant ainsi complètement différente de la protagoniste du roman.

Difficile donc de voir le long-métrage autrement que comme une adaptation d'un livre inadaptable en 1h40 (peut-être la version de Laurent Cantet est-elle meilleure que celle-ci).

heliotroppium
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le 8 juin 2026

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