La version Hammer de Frankenstein devait nécessairement, plus de 25 ans après celle d’Universal, se distinguer par une nouvelle approche. L’arrivée de la couleur permet évidemment une sorte de dépoussiérage qui permet de jouer sur les tons bigarrés des fioles dans un laboratoire où la machinerie ressemble beaucoup à celle du XXème siècle, et certaines images seront plus crues, à l’image de la tête de ce pauvre Christopher Lee qui, en tant que créature, se contentera d’agiter les bras et de se déplacer comme un zombie.


Mais les innovations se situent principalement dans les portraits des protagonistes. Si l’on peut regretter que la créature soit à ce point dénuée de tempérament et n’existe que par sa gestuelle, en opposition avec l’humanité qu’on lui donnait progressivement dans les deux films de James Whale (Frankenstein, 1931, puis La fiancée de Frankenstein en 1935), c’est du côté de Frankenstein lui-même, joué par le fidèle Peter Cushing, que se concentre l’écriture.


Ambitieux inventeur prêt à toutes les compromissions pour mener à bien sa quête, le scientifique est le véritable monstre de l’histoire. Son détachement face à la composition du corps et la réaction de son collègue permettent de soulever une horreur nouvelle. Dans les précédentes versions, c’est surtout l’effroi des ignorants qui était mis en valeur, et qui par opposition construisait, par la connivence du spectateur, une empathie pour la créature. Ici, c’est l’inverse : l’apprenti Dieu dénué de toute humanité construit, en même temps que son expérience, une figure du savant fou qui révulse son entourage : le scientifique qui l’accompagne, la domestique qu’il trousse avec de fausses promesses de mariage, et sa promise.


Le récit est donc celui d’une fuite en avant : la première étape sera celle de considérations chirurgicales, durant lesquelles s’ébauche la théorie assez mignonne selon laquelle un cerveau cogné contre une surface dure rendra criminel son propriétaire. Par la suite, c’est la mise à mort du prototype (« I’ll give you life again ») et le meurtre organisé pour lui donner les meilleures aptitudes sélectionnées sur les vivants.


Le récit, sous la forme d’une d’un long récit rétrospectif, est évidemment sans ambiguïté quant à sa morale, puisqu’il se résume à une confession à un prêtre à la veille de l’exécution. Un peu lisse, par instant didactique dans sa volonté de brosser un tableau à charge, il aura eu le mérite de proposer une variation pertinente sur un mythe déjà très exploité, et donner à Cushing l’occasion d’une plaisante interprétation.

Créée

le 9 avr. 2021

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