Frantz Fanon: Chroniques calmes et fidèles d'une révolution psychiatrique


Dans une atmosphère où chaque plan respire la gravité d’un manifeste, Frantz Fanon Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital Blida-Joinville au temps où le Dr Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956 d’Abdenour Zahzah saisit l’héritage brûlant de Frantz Fanon à Blida-Joinville.

Entre silences chargés et dialogues tranchants, le film incarne la révolution douce – mais radicale – du psychiatre qui voulait soigner un système avant ses patients. Inspiré par Tosquelles et Saint-Alban, Fanon y devient un Socrate en blouse blanche, transformant l’asile colonial en laboratoire de lutte.

À travers des scènes d’une sobriété puissante – le café partagé comme acte thérapeutique, la folie érigée en langage politique -, Zahzah restitue l’urgence d’une psychiatrie décolonisée. Un film où la caméra, tel Fanon lui-même, écoute les murs : ceux de l’hôpital, miroir craquelé d’une société malade.


Écouter les murs parler

Dans un climat bressonien où chaque geste prend la densité d’un manifeste, Abdenour Zahzah capte l’essence subversive de Frantz Fanon à Blida-Joinville. Le film déploie une force calme, composant avec douceur la révolution dans la manière d’envisager le soin du psychiatre anticolonial : soigner non pas des malades, mais un système.


Inspiré par François Tosquelles et l’hôpital de Saint-Alban, Fanon y incarne une sorte de philosophe qui révèle la folie comme symptôme politique, dénonçant l’asile comme miroir de l’oppression.

Un jeu récitatif

Abdenour Zahzah réussit à transposer la beauté humaniste du geste dissident et pionnier du psychiatre Fanon (lorsqu’il est nommé en Algérie à l’hôpital de Blida-Joinville, 1953-1956) par l’épure de ses plans et une rythmique spéciale de ses comédiens (hors-jeu classique : ils récitent ou sont comme chez Bresson des modèles à la diction intemporelle).


Tout dans ses chroniques fidèles survenues au siècle dernier, filmées en noir et blanc, inspire et suscite une forme de désuétude gracieuse (certains y verront de l’approximation amateuriste) soucieuse de témoigner d’une approche ferme et magnanime.

Certains trouveront le ton de Fanon didactique, il l’est comme le sont les pédagogues investis d’une mission qui les transcende, comme le sont les sismographes. Il n’apporte pas de vérité révélée, ni ne prédit l’avenir : il capte les fractures. Son œuvre est un électrochoc posé sur le corps colonial. Fanon n’est pas un guide, c’est un miroir désacralisateur tendu sur les aveuglements de l’époque.


La caméra du réalisateur avance à l’image de cette phrase de Bresson : « Montrer les choses dans l’ordre et la mesure où l’esprit les touche, en se débarrassant des liens qui les enchaînent dans l’ordre réel. »

Soigner l’hôpital avant les malades

On retrouve avec une sérénité subversive les grands axes de la psychothérapie institutionnelle moderne s’arrimant sur l’expérience de François Tosquelles à l’hôpital de Saint-Alban : c’est l’hôpital qu’il faut soigner avant de soigner les malades. Fanon ne soigne pas juste des patients mais un système colonialiste oppresseur.


« Quand on a compris que le ‘fou’ algérien était un homme que la colonisation avait dépossédé de son identité, la psychiatrie classique devenait inopérante. »


Le café thérapeute

Avec de très belles scènes s’attardant sur ce qui peut faire lien, rapport social et ciment thérapeutique plutôt qu’aliénation et enfermement, le réalisateur place son personnage tel un Socrate de l’agora-hôpital. Le film montre avec beaucoup de finesse et justesse comment Fanon est un précurseur questionnant la torture psychologique des colonisés comme cause de traumatismes et inventant les syndromes postcoloniaux avant l’heure.


Dans cet hôpital où les patients algériens sont traités en « indigènes », Fanon institue le café comme rituel subversif. Pas de grand discours : juste la chaleur du bol, la fumée qui trouble les hiérarchies. Le film cadre ces moments comme des actes de résistance. La folie n’y est plus une pathologie, mais une archive vivante de la violence coloniale.


Précurseur de l’ethnopsychiatrie : relativité des normes culturelles et des pathologies

Il faut voir l’acteur dans son entrée en fonction regarder le climat asilaire des patients dont il va avoir la charge, observer leur mutisme et solitude, l’abandon à l’indignité dans laquelle ils sont jetés. Puis voir comment il se met à parler pour la première fois aux blouses blanches censées les soigner.


– Vous n’avez de soignant que l’oripeau de la blouse, vous ne soignez en rien. C’est vous qui avez un comportement anormal et inadapté. Offrez-leur au moins un café, parlez-leur de leur vie, de leur histoire, nommez-les vraiment. Soyez humains.


Abdenour Zahzah filme Frantz Fanon comme on documente une insurrection irréductible. L’hôpital de Blida-Joinville, entre 1953 et 1956, devient le théâtre d’une guérilla blanche : soigner non pas des corps, mais décoloniser des consciences.


Ici, la folie n’est plus une maladie – mais un langage politique. À l’heure où la psychiatrie reste un instrument de contrôle social, ce film dialogue avec l’histoire et rappelle l’urgence fanonienne : soigner, c’est libérer.



pour lire plus c'est par ici https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/frantz-fanon-film-abdenour-zahzah-avis-10077431/

VioletteVillard1
8

Créée

le 28 juil. 2025

Modifiée

le 4 août 2025

Critique lue 44 fois

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