Voici le projet geek par excellence. Ce ne sera pas une surprise que d’apprendre que Zak Penn, le scénariste de tout ça a aussi écrit Last Action Hero et Ready Player One et a réalisé un doc sur la fin d’Atari. Le film nous présente Guy (au prénom bien trouvé). Celui-ci est PNJ dans un MMORPG. Traduction : c’est un personnage non jouable au comportement scénarisé destiné à animer un environnement virtuel dans lequel des joueurs connectés évoluent via un avatar. Bref, par définition, ce Guy n’est rien d’autre qu’un élément de décor qui se fera dézinguer x fois comme chacun de ses congénères. Sauf que Guy en a marre de sa vie routinière et il se sent seul. Parallèlement, IRL (traduction : dans la vraie vie), deux concepteurs de jeu luttent contre un troisième larron qui leur aurait piqué leur code pour créer le-dit jeu (Free City). Par l’intermédiaire de Guy, ils vont tenter de prouver le vol. J’ai essayé de faire clair mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment réussi.
On retrouve plusieurs thèmes chers à la littérature depuis belle lurette et au cinéma depuis longtemps également. Il y a d’abord la question de la vie du personnage de fiction au-delà de ce qui est raconté ou montré. Son existence se cantonne-t-elle à ce que le spectateur/lecteur/joueur en perçoit ? Dispose-t-il de son libre arbitre ou est-il programmé pour répondre à une injonction ou une logique unique ? Dans le jeu vidéo, la réponse est d’autant plus claire que c’est ce qui différencie PJ et PNJ. Autre thématique classique, la notion de réel et de virtuel. Peut-on considérer que ce qu’il se passe dans un univers virtuel s’est réellement passé ? Autrement dit, le virtuel a-t-il une Histoire ? Tout en sachant que tout ça dépend forcément d’une autorité supérieure en charge de l’écriture de l’univers et de sa maintenance. Sans même parler de la logique commerciale de l’entreprise. C’est à ce moment de la réflexion que l’on retrouve notre film car les deux jeunes concepteurs de jeu visaient au départ à la création d’un univers virtuel complexe basé sur l’évolution des personnages par une intelligence artificielle inspirée du deep learning. Les Androïdes Rêvent-il de Moutons Électriques demandait Philip K. Dick à la fin des années 1960. Du coup, si on considère le virtuel comme un fragment de réalité parallèle, la mort d’un personnage est-elle la mort d’un être ? Bon, on va arrêter là la réflexion mais elle montre bien combien Free Guy charrie de nombreux sujets au-delà du simple LOL BOUM BOUM. C’est une des principales forces de ce film que de proposer une lecture à plusieurs degrés. Par ailleurs, c’est aussi et surtout un formidable divertissement vif et enlevé, costaud mais jamais lourd. Grace à l’interprétation au poil de Ryan Reynolds et Waititi et aussi grâce à une bonne utilisation des codes du jeu en ligne. On reconnaîtra forcément un savant mélange de GTA Online et de Fortnite et il est peut-être d’ailleurs conseillé de savoir un peu de quoi il en retourne pour pleinement apprécier le film. L’esthétique est criarde et vulgos ? Oui. C’est aussi à ça que ressemblent les deux mondes virtuels cités (surtout Fortnite). En bref, on rit souvent, on se laisse prendre dans l’intrigue et le suspens fonctionne à merveille. Si on ajoute à ça un propos pas concon, on tient là une belle réussite dans son genre et une bonne soirée assurée.