Il était une fois, dans un lointain pays, une petite fille à qui sa maman avait confié comme mission de porter une galette et un petit pot de beurre à sa grand-mère malade qui vivait de l'autre côté de la forêt. Une capeline à capuchon rouge qu'elle portait lui avait valu le surnom du petit chaperon rouge. Obligée de traverser la sombre forêt qui séparait sa maison de celle de grand-maman, elle avait reçu comme consigne de ne pas traîner et d'éviter le grand méchant loup …
Grand classique de la littérature enfantine, même si les adaptations qui nous ont été racontées dans notre enfance ont grandement modifié le texte d'origine, qui n'était pas du tout destiné à un jeune public, mais était des récits grivois, voire pornographiques pimentés d'un véritable aspect horrifique. Cette dernière caractérisation servant à fixer les tabous et les interdits moraux en avertissant l'auditoire des risques encourus s'il enfreignait les règles.
C'est dans cette tradition originelle du conte, qu'il faut inscrire le film de Matthew Bright. Le chaperon rouge devient ici une adolescente issue des classes défavorisées de l'Amérique blanche. Suite à l'arrestation de sa mère pour prostitution et racolage actif et à celle de son beau-père pour attouchements et non respect de sa conditionnel, elle est confiée aux soins d'une assistante sociale. Cette dernière n'a à lui proposer comme option que celle de la famille d'accueil, une perspective qui n'enchante guère notre adolescente qui sait d'expériences passées qu'elle n'est pas à l'abri de tomber sur une famille bien tordue, une famille volontiers portée sur l'exploitation des jeunes qui lui sont confiés et pas rétive aux châtiments corporels. Elle décide donc de se prendre en main, séquestre l'assistante sociale, récupère le flingue de son petit ami et part en direction du quartier situé de l'autre côté de la forêt urbaine qu'est Los Angeles rejoindre une grand-mère qu'elle ne connait pas.
Son chemin croisera celui d'un pédopsychiatre qui parviendra à la mettre en confiance, mais notre adolescente n'est pas la petite fille ingénue et innocente du conte et la manipulation psychique qu'opère cet étrange samaritain, ne prend pas et elle comprend très vite la nature prédatrice et psychopathe de son "nouvel ami". Le film devient alors une farce trash, ultra violente, avec notre frêle jeune fille qui montre à ce grand méchant loup de quel bois elle se chauffe. Laissé pour mort, ce dernier survit malgré ses blessures qui l'ont rendu impuissant et qui ont détruit son visage, comme si symboliquement sa monstruosité s'affichait désormais comme un avertissement et si ses pulsions étaient réduites à son incapacité maintenant physiologique à les satisfaire.
Notre prédateur bien que réduit à l'état de légume sur le plan physique, ne l'est pas pour autant dans sa capacité de nuisance, fort de sa puissance financière, de sa réputation comme thérapeute et de ses assises dans la haute société, il décide d'attaquer en justice et se développe alors un exercice autour des notions de pouvoir. Celui de l'argent bien sûr, mais aussi des traitements médiatiques plus enclins à la compassion et à l'absolution vis à vis des puissants, qu'ils ne le sont envers les précaires. Cette lutte des classes par réputations interposées amènera notre héroïne trash à toujours plus de violence et de radicalité. Contre les institutions, contre son propre milieu avec notamment un passage à tabac en règle d'une codétenue aux intentions de départ inamicales, mais comme le film se veut au final moral, les sacrifices qu'elle consent dans ces expressions de violences physiques contre les violences sociales finiront par porter leurs fruits. Les institutions d'abord soupçonneuses - euphémisme - devront admettre qu'elles n'ont pas la bonne coupable dans leurs viseurs, les personnes issues des mêmes milieux qu'elle lui apporteront le réconfort d'une communauté et même une sorte de sororité à laquelle s'accrocher.
Derrière son caractère ultra trash, punk, insolent, sa vulgarité, le film tout à la fois exutoire à toutes les frustrations liées à sa condition et catharsis jouissive à toutes nos réticences à rentrer dans le lard de ceux qui nous emmerdent en prenant un soin de boucher à leur mettre leurs anatomies comme un Picasso, le film porte en lui une très forte symbolique d'émancipation et de lutte qui ajoute en plus au côté divertissant.
Reese Witherspoon dans un de ses premiers rôles est géniale et on le sent s'en donne à cœur joie. C'est un surprenant Kiefer Sutherland qui endosse le costume du grand méchant loup/psychopathe, un rôle qu'il a obtenu d'une façon assez savoureuse. Informé que Oliver STONE était sur un projet et désireux de travailler avec lui, il a été le rencontrer sur le tournage de Nixon . Stone l'a reçu littéralement dans le bureau ovale de la Maison Blanche où il tournait et lui a présenté ce scénario qu'il avait co-écrit et qu'il produisait, un film dont le tournage devait débuter dans quelques semaines. Sutherland qui voulait bosser avec Stone comme réalisateur déclina la proposition, Stone assis à la place dévolue au Président des USA, lui a alors dit qu'il refusait parce qu'il n'avait pas les couilles. Sutherland raconte que deux minutes plus tard il signait sur le bureau du Président son contrat d'engagement.