A l'image de sa BO criarde et pas mélodique pour un sou, French connection est bien trop abrupt et rêche pour se satisfaire de la simple étiquette de polar. C'est même un peu étonnant qu'il ait eu tant de succès tant il est peu cinégénique. Le côté documentaire propre à Friedkin est poussé ici à l’extrême. Dans bon nombre de scènes, les dialogues sont inaudibles et volontairement couverts par le bruit ou la BO stridente qui rythme le film.
Au-delà de l'intrigue policière, Friedkin convoque à nouveau des personnages limites. Son héros, complétement teigneux tout du long, s'avère en définitive totalement dingue. Et la dernière image où il s'avance vers le néant est à l'image des thèmes du réalisateur, invariablement obnubilé par le bien et le mal, avec une fascination marquée pour le second.
C'est aussi une collection de scènes cultes avec sa poursuite bagnole contre métro, filmée en vitesse réelle, sans autorisation aucune, dans des rues bondées et sans barrières de sécurité. Mais avec en revanche de vrais piétons, de vrais automobilistes perdus au milieu des cascadeurs, et un vrai accident conservé dans le film. Sur ça, Friedkin était effectivement raccord avec ses personnages : bel et bien cinglé... Raccord aussi avec l'ambiance, c'est également un Gene Hackman complétement possédé qui klaxonne comme un malade et tape en hurlant sur son volant, sans qu'on nous donne à entendre sa voix... C'est également une filature dans le métro qui fait date, et les petits saluts mesquins que s'échangent les personnages de Doyle et Charnier... Et comme toujours avec Friedkin, c'est une fin qui n'en est pas une, ravi qu'il était de laisser le spectateur avec plus de questions que de réponses.
Donc c'est tellement barjo comme film qu'il en est indispensable.