French Connection est l’un de ces films qui m’accompagnent depuis longtemps. Je l’ai regardé un nombre incalculable de fois à l’adolescence, et le revoir aujourd’hui fait forcément remonter beaucoup de souvenirs. Mais au-delà de cette dimension personnelle, il reste pour moi un très grand film.
Friedkin transforme une enquête policière en véritable expérience. L’intrigue, adaptée très librement d’un fait réel, est finalement presque secondaire : ce qui compte, c’est la manière dont cette enquête est vécue. Filatures, surveillance, interrogatoires, courses dans les rues de New York… Tout paraît saisi sur le vif, avec un réalisme quasi documentaire.
La ville elle-même devient un personnage : froide, sale, bruyante, anonyme. Une atmosphère incroyablement rugueuse, typique de ces grands polars américains des années 70 qui, comme certains films de Melville ou de Corneau, font du polar moins une histoire criminelle qu’une question d’atmosphère.
Et puis il y a Gene Hackman, extraordinaire en Popeye Doyle. Un flic brutal, raciste, obsessionnel, souvent antipathique, mais totalement habité par son métier. Roy Scheider lui apporte un contrepoint plus posé, plus réfléchi. Le duo fonctionne à merveille.
La mise en scène de Friedkin est d’une efficacité redoutable : caméra nerveuse, décors réels, sensation de danger permanent. Et évidemment cette poursuite automobile, devenue mythique, qui conserve une incroyable brutalité parce qu’elle semble moins chorégraphiée que vécue.
Le film est parfois sec, certains personnages secondaires restent en retrait et l’intrigue elle-même est assez simple. Mais tout cela participe à son parti pris quasi documentaire. Même la difficulté à cerner Doyle est une force : Friedkin ne cherche jamais à nous fabriquer un héros confortable.
French Connection appartient à cette génération de films policiers qui vont changer la représentation du flic au cinéma. Le policier n’est plus nécessairement un héros : il peut être ambigu, violent, obsessionnel, profondément humain et profondément discutable.
Un film qui a marqué mon adolescence et qui, des années plus tard, conserve toute sa puissance.
Un très grand film.