Une ambiance exceptionnelle ! Peu de films arrivent à ce niveau. Et ce qui est paradoxal, c’est que l’angoisse ne se cache jamais vraiment dans le noir. C’est une angoisse froide, lumineuse, presque éclatante, mise à part la séquence du labyrinthe. On retrouvera cette volonté de mettre mal à l’aise en pleine lumière dans Midsommar, un film qui fait également une très bonne critique . Dans Shining, les couleurs de l’hôtel sont agressives, presque criardes, et contrastent avec le blanc immaculé de l’extérieur. Le sang, le rouge des toilettes, les tapis… Tout concourt au malaise. Même l’immensité de l’hôtel devient inquiétante : il semble presque infini et accentue la solitude de cette famille. Les déplacements du petit Danny dans les couloirs en sont la parfaite illustration.

Et puis il y a la géométrie parfaite des plans. La symétrie, les lignes, les cadres… Tout devrait être rassurant. Mais c’est précisément l’inverse qui se produit. C’est trop parfait, trop maîtrisé, presque inhumain. Quelle prouesse de Kubrick !

Le malaise est encore exacerbé par la musique. Kubrick puise chez des compositeurs contemporains comme Penderecki, Bartók ou Ligeti, dont le travail sur les timbres et les masses sonores priment sur les mélodies. Et ces illustrations musicales subliment (si j’ose dire) le sentiment d’inconfort. Et que dire du Dies Irae, cette messe des morts qui ouvre le film et qui semble déjà sceller le destin de cette famille ? Pur génie. En pensant à Penderecki, je ne peux d’ailleurs m’empêcher de penser à Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima, un chef-d’œuvre pour moi, mais presque inécoutable tant son intensité est physique.

Et puis il y a Nicholson. Un jeu extraordinaire, déstabilisant, presque dérangeant dès les premières scènes. Là encore, on est dans la virtuosité.

L’ambiance est véritablement un personnage du film, tout comme l’hôtel lui-même.

Je garde de Shining le souvenir d’une claque visuelle et atmosphérique reçue à l’adolescence. Des années plus tard, elle est toujours aussi présente.

Et quelle mise en scène ! On parlait de virtuosité : ici, on y est sans aucun doute possible. Symétrie, cadres, déplacements, profondeur de champ… et cette Steadicam qui suit Danny dans les couloirs comme si elle était elle-même un personnage. Kubrick rend l’espace presque irréel. On pense connaître les lieux, mais il est impossible de réellement les cartographier mentalement. Les pièces, les couloirs, les perspectives semblent parfois ne pas obéir aux règles normales de l’espace.

Ce qui me fascine également, c’est le point de vue de la caméra. Kubrick observe. Il observe les personnages, il observe l’hôtel, il observe leur folie. Il ne semble jamais chercher à nous faire ressentir les choses de manière conventionnelle et nous faire entrer dans l’émotionnel. Il filme avec une froideur incroyable, sans affect.

C’est d’ailleurs l’un des reproches que Stephen King a pu faire au film, notamment concernant la simplification des relations entre les personnages. Personnellement, je trouve au contraire ce choix fascinant. Kubrick ne cherche pas vraiment à raconter une histoire d’horreur classique ni à développer une psychologie traditionnelle. Il cherche l’expérience sensorielle, l’immersion dans un espace mental. Shining est d’ailleurs pour moi une expérience sur l’espace, l’isolement et la folie.

Et j’aime enfin les libertés que Kubrick nous laisse avec les interprétations et les symboles qu’il dissémine tout au long du film. Comme s’il nous disait : « Vous êtes spectateurs. Je vous laisse quelques clés. Faites-en ce que vous voulez. »

Je suis donc totalement fan de ce film. Une œuvre dont la puissance ne repose pas seulement sur ce qu’elle raconte, mais sur ce qu’elle nous fait ressentir et sur les images qu’elle imprime éternellement dans notre mémoire.

Une expérience cinématographique fascinante. Un chef-d’œuvre de mise en scène et d’atmosphère.

Bobbyewing
9
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il y a 1 jour

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