Driss,capitaine de la Brigade des Stups,enquête sur un réseau de trafiquants de drogue dont font partie ses amis d'enfance.Il utilise Imrane,l'un d'eux,comme indic.Mais lorsque celui-ci se fait descendre et dérober une livraison de came,la situation se complique pour le flic et pour son ex pote Manuel,complice de la victime.En 2018,David Oelhoffen réalisait là un film de gangsters et de banlieue dans la lignée froide et impitoyable de "Tueurs","Truands",ou des oeuvres d'Olivier Marchal.Ce néo-polar à la française,ou à la franco-belge,décrit sans fard un monde uniquement régi par la loi du profit et la paranoïa.Sur un scénario tendu et réaliste coécrit par le réalisateur et Jeanne Aptekman,on suit les évolutions de personnages vivant sur le fil du danger permanent et liés par un passé commun.L'image blafarde et les décors déprimants de la cité servent d'écrin à ce requiem,cantique de la racaille comme dirait Ravalec,agitant des protagonistes aux abois ne pouvant faire confiance à personne,et surtout pas à leurs supposés amis.Tout le monde se méfie de tout le monde,chacun est susceptible de trahir,et un tueur peut être embusqué n'importe où.On peut passer du statut de héros à celui de paria en un clin d'oeil,et on ignore qui manipule qui.C'est ainsi que l'ambiance familiale du clan va voler en éclat à partir du meurtre d'Imrane.Manuel devient suspect aux yeux de tous,alors qu'il n'y est pour rien,et va devoir se résoudre à chercher un appui auprès de Driss,ce "frère ennemi" qu'il a tant aimé mais qui est passé de l'autre côté de la barrière légale.Quant au policier,le sens du devoir chevillé au corps,il va être contraint de flirter avec les limites pour à la fois faire son job et ménager ses anciens amis.L'intrigue vicieuse sait préserver ses mystères et on se demande tout du long où va aboutir ce thriller peu rythmé qui privilégie la psychologie et le constat social amer.De jolies scènes viennent zébrer la grisaille,Driss qui vient annoncer la mort d'Imrane à sa femme,Manuel qui se souvient devant un ascenseur que Driss avait prévenu ses copains qu'ils mourraient jeunes,mais le désespoir et la course à la mort auront le dernier mot,et même quand le dernier meurtre sera commis on devine que ça va continuer,parce que c'est le destin de ces criminels dans ces quartiers où tous parlent le rebeu,même ceux qui ne viennent pas du Maghreb.C'est foutrement bien interprété par le Belge Matthias Schoenaerts,le fauve en forme de grenade toujours prête à dégoupiller,et Reda Kateb,calculateur et raisonnable en flic confronté au poids du passé.Une belle galerie de gueules les entoure,avec Adel Bencherif,Sofiane Zermani,Omar Salim et Marc Barbé,tandis que des figures de femmes courageuses émergent dans cet univers violent et machiste avec Sabrina Ouazani et Gwendolyn Gourvenec.