Frissons
6.5
Frissons

Film de David Cronenberg (1975)

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Sourdes palpitations. Vies et morts altérées.

Les valeurs, les normes et les codes qui sous-tendent notre société, la constituent, et permettent à l’individu de s’intégrer au tout, sont souvent mis à mal. Il est souvent question du poids des institutions et des structures sur la liberté de l’individu et son épanouissement personnel. Le poids de la société sur ses parties semble souvent superflu voire nocif, de la rigidité de l’autorité aux méandres kafkaïens de la bureaucratie et de l’administration.

De toute cette réflexion, le jeune David Cronenberg propose en 1975 avec Shivers quelque chose qui me semble particulièrement pertinent. Abolissons les codes moraux et les rituels sociaux et voyons ce que cela donnerait dans la tenue de la société.

D’une sublime et caustique introduction, Cronenberg nous plonge, par le biais de ce bel immeuble qui reviendra plus bas, dans une représentation de la société, une vision fantasmée, le rêve mercantile promis à tous à condition d’intégrer les rouages du système. Pour pouvoir profiter des fruits juteux de cet arbre majestueux, il faut donner la main à la patte, semer, labourer, récolter, transpirer, faire de cette belle société un lieu sûr pour nos enfants, prospère et grandiose. Cette société, ce contrat social a sorti l’humanité de l’immédiateté de la nature sauvage et de ses besoins primaires. Ces derniers désormais presque automatiquement comblés, l’homme a pu se construire dans la culture, s’y développer, réfléchir à sa propre condition, en conscience et mesurant sa place dans l’espace et le temps. Mais les instincts primitifs ne sont jamais bien loin, les liens avec le règne animal tiennent à un fil mais ne disparaissent jamais vraiment. Cette construction sociale et morale est si artificielle qu’à la moindre occasion, le moindre affaiblissement des structures de la société, la nature de l’homme le rattrape et le projette dans sa psyché profonde, arraché du présent et incarné à nouveau dans la sauvagerie, la sexualité débridée, les pulsions profondes.

En voyant à quelle vitesse ces pulsions reviennent quand la digue de la société s’effondre, on peut s’interroger sur la réelle valeur de la société telle qu’elle est construite dans nos civilisations. Des millénaires d’Histoire, de cultures, d’évolution de la langue et de l’écriture ne suffisent pas à endiguer nos pulsions sexuelles, l’attrait malsain de l’homme pour le chaos et sa propre et immédiate satisfaction charnelle.

Cronenberg illustre son propos symboliquement en faisant du bâtiment un corps social à part entière remis en question jusque dans ses fondations, à savoir le parking souterrain, dans lequel les individus coexistent, évoluent, tissent des liens qu’on voit s’effriter par cette folie sauvage qui contamine implacablement l’immeuble et ses habitants. Rien ne survit au retour de flamme de notre propre nature.

En extrapolant un peu, il est intéressant de voir le corps humain lui-même comme une entité sociétale (dont les organes seraient des parties indispensables les unes des autres et interconnectées) dans laquelle les parasites essaient de survivre en trouvant le juste milieu entre la totale destruction de cette entité, et donc de leur source de nutrition, et la coexistence avec leurs congénères dans un total abandon à leurs instincts (cette idée me semble cependant peu évoqué dans le film et reste sans doute le résultat de ma propre réflexion sur le film).

Cronenberg propose déjà dans Shivers de questionner l’intégrité physique des individus, les mutations, malformations, sécrétions gluantes et sanguinolentes et développe en cherchant la limite physique spatiale à partir laquelle l’individu ne s’appartient plus. Est-on moins réel en existant en moindre quantité de matière ? A l’inverse, acquiert-on quelque importance en enflant, en supputant, dans nos excroissances et nos déjections ?

Fermez les yeux pour mieux rêver. Et mourrez en silence s’il vous plait, les voisins dorment.

Neeco
8
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le 10 déc. 2016

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Neeco

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