Funny Pages
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Film de Owen Kline (2022)

Dans la veine du cinéma indie new-yorkais — produit par les Safdie et Ronald Bronstein, filmé en 16 mm par Sean Price Williams — le film d’Owen Kline se tient lui aussi en marge de la grande ville, mais s’en distingue par son sujet plus précis, concentré sur une galerie de geeks et de leurs sales histoires sordides de comics, ouvertement subversives dans leurs funny pages. L’ouverture du film, composée de dessins caricaturaux à caractère sexuel, frappe d’emblée et prend le spectateur de plein fouet. Puis il faut voir ce professeur de dessin se mettre à nu, debout sur son bureau, face à son élève mineur, pour comprendre la tonalité grinçante. L’humour, teintée de noirceur, devient alors le fer de lance de cette comédie étrange, d’où naît un profond malaise. Le film se construit autour de situations volontairement poussives, dans lesquelles les personnages s’enlisent, creusant eux-mêmes leur sillon de bizarrerie. Sa force réside d’ailleurs dans ce casting de freaks obsédés, ni monstrueux ni glauques, mais résolument cringe.


Le véritable sujet du film se dessine ainsi, à travers le portrait décalé de vies masculines profondément solitaires. Owen Kline pousse les curseurs de la comédie en plongeant son récit dans un monde littéralement underground. Le personnage principal ira trouver refuge dans une chambre en sous-sol partagée avec d’autres, condamné à suer sous un ballon d’eau chaude défaillant, dans une boiler room étouffante. Cette existence cachée, sombre et poisseuse, est empreinte de fractures sociales et de différences de classe dans le New Jersey et en fait un film blessé, qui affleure une forme de tristesse refoulée. 


Reste la principale faiblesse du film : son protagoniste, anti-héros foncièrement antipathique, oscillant entre petit brat privilégié et nerd surdoué désireux de forcer le destin cherchant à s’insérer parmi ses pairs plus expérimentés dans le milieu de la bande dessinée subversive. Prêt à tout, à n’importe quel prix, il rase tout sur son passage, sans la moindre tendresse pour quiconque. Le retour de bâton est littéralement brutal, pour lui comme pour son camarade de classe  (qui se fera percer le crâne d’un coup de stylo.) Ce dernier, sorte de petit génie naïf — nerd boutonneux comme il se doit, mais toujours soigneusement apprêté —, sympathique mais envahissant, est le seul personnage plutôt solaire et souriant du film, demeurant hilarant tout au long du film. L’ombre de Superbad plane clairement sur l’ensemble, dans une version plus sombre : elle se ressent dans la gestuelle, les dialogues absurdes et interminables, parfois épuisants. On mesure alors à quel point l’empreinte de ce film continue d’irriguer la comédie contemporaine, surtout celle d’un cinéma indépendant plus libre.

Zimmerr
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le 5 janv. 2026

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