Gabrielle est une admirable composition intemporelle sur le couple, qui, les années aidant, voit parfois le vernis se craqueler faisant apparaître amertume, lâcheté et courage. Amertume d’une vie ratée, lâcheté de ne vouloir rien changer et courage de s’avouer que rien n’a existé et de partir plutôt que de faire semblant. Pour accentuer ce discours en clair obscur, Patrice Chéreau a opté sur un traitement de l’image très pictural et théâtral. Il joue sur le noir et blanc et toutes les tonalités qui en découlent et il incruste la couleur pour mieux appuyer chaque état d’âme ou situation. Chez ces époux là tout est représentation : le décor baroque dans lequel ils évoluent, les dîners vipérin qu’ils donnent et surtout leurs propres visions du couple. Entre l’homme suffisant, gonflé d’orgueil par sa réussite totale qui considère sa femme comme l’une des plus belles pièces de sa collection de statues et son épouse qui semble s'être résignée de mettre entre parenthèses dix années d’existence sans être sûre elle-même d’avoir un jour trouvé mieux, on se rend compte combien ils ont sur joué leurs vies. Mise en scène qu’ils pousseront à l’extrême devant les domestiques voire même face à leurs relations. On pense à Bergman, à Visconti mais Chéreau ne plagie pas. Il possède sa propre vision des choses, celle d’un ascète précieux qui souffle sur les sentiments comme on le ferait sur la braise. C’est un film sensible, intense et puissamment flamboyant. Isabelle Huppert est à l’apogée de sont art, le visage et le corps sertis d’un fatalisme désespéré et Pascal Grégory tient sans doute le rôle de sa vie tant il est juste, attendrissant et éloquent. Du grand Art !