Gary
6.5
Gary

Téléfilm de Christopher Storer (2026)

Avec Gary, épisode surprise de The Bear, la série de Christopher Storer opère un retour en arrière aussi attendu que risqué, en s’écartant une nouvelle fois des cuisines du restaurant pour explorer la mythologie intime de Mikey Berzatto et Richie Jerimovich. Ce préquel, centré sur une virée à Gary, Indiana, avant les événements de la série principale, confirme à la fois la force émotionnelle de l’univers de The Bear et ses tendances plus discutables à la surenchère narrative.


Construit autour d’un dispositif simple — une mission de livraison confiée par Uncle Jimmy — l’épisode suit Mikey (Jon Bernthal) et Richie (Ebon Moss-Bachrach) dans une parenthèse de dérive où le quotidien se transforme en errance existentielle. Très vite, ce qui ressemble à une comédie de route brute et presque légère glisse vers une étude de caractère plus sombre, marquée par les addictions, la fatigue émotionnelle et une forme de désespoir latent. La force première de l’épisode réside dans la dynamique entre ses deux interprètes, dont la complicité, héritée de collaborations passées et parfaitement intégrée à l’écran, donne une densité rare à leurs échanges.


Là où Gary fonctionne le mieux, c’est dans sa capacité à capturer un moment suspendu dans la vie de ces deux personnages avant la tragédie. Mikey apparaît à la fois charismatique et déjà fissuré, oscillant entre éclats de sociabilité et plongées dans une noirceur intérieure que Jon Bernthal incarne avec une intensité brute. Face à lui, Richie — interprété par un Ebon Moss-Bachrach tout en nuances — esquisse les prémices de son futur arc de transformation, encore enfermé dans une masculinité défensive et une loyauté parfois toxique.


L’épisode excelle particulièrement dans ses scènes d’interaction “ordinaires” : une partie de basket improvisée, une discussion avec des inconnus dans un bar, des moments de silence alcoolisés sur le capot d’une voiture. Ces instants, presque anecdotiques, deviennent le cœur émotionnel du récit. Ils renforcent l’idée que la relation entre Mikey et Richie repose autant sur l’affection que sur une forme d’autodestruction partagée.


Cependant, Gary n’échappe pas totalement aux travers que la série traîne depuis ses saisons les plus récentes. Certains passages prolongent inutilement la durée du récit sans véritable apport dramatique, et la structure, étirée sur une heure, dilue parfois l’impact des scènes les plus fortes. L’écriture, bien que souvent inspirée et naturelle, tend également à souligner de manière appuyée ses thématiques — la douleur, la transmission, la fatalité — là où la série brillait autrefois par sa retenue.


La mise en scène de Christopher Storer, nerveuse et immersive, conserve néanmoins cette identité visuelle si reconnaissable : caméra proche des corps, textures presque documentaires, et sens du chaos contrôlé. Le résultat oscille entre spontanéité et construction, entre authenticité brute et volonté manifeste de “donner du sens” à chaque interaction.


En définitive, Gary s’impose comme un épisode à la fois essentiel et discutable. Essentiel, car il éclaire avec force la relation fondatrice entre Mikey et Richie, et enrichit la tragédie implicite de la série. Discuté, car il illustre aussi la tentation de The Bear de trop expliciter ce qui fonctionnait parfois mieux dans le non-dit.


Malgré ses déséquilibres, l’épisode demeure porté par deux performances remarquables et quelques moments de grâce pure. Une pièce dense, imparfaite, mais profondément habitée, qui confirme que lorsque la série accepte de ralentir pour observer ses personnages, elle retrouve une part de sa grandeur.

PierreVanesse
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le 9 mai 2026

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Pierre Vanesse

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