Imaginez Mowgli, bombardé général cinq étoiles, battant le rappel d’une file bondissante de lapins, d’écureuils, d’ours, d’une taupe avec son bébé pour une gymnastique matinale en pleine jungle édénique... Le Général Ttoli est un phénomène, une pure chimère. Une fable enfantine et politique, où des canidés communistes persécutent les bagnards piocheurs de roches jusqu’à ce que mort s’en suive. Une version nord-coréenne des Animal Farm de George Orwell.
Ttoli, disais-je, rencontre Sook qui cherche désespérément du ginseng sauvage exigé par le Président Rouge. Ce dernier se goinfre de tombereaux de nourritures importées du monde entier et aime affamer ses prisonniers. Ttoli raccompagne sa nouvelle amie au camp où sa mère s’épuise à creuser une tranchée. Un renard maléfique et une brigade de loups rouges y rivalisent de cruauté contre leurs esclaves, hommes et femmes. Les crimes d’amour et d’amitié y sont traqués impitoyablement. Des rafles enrôlent sans cesse la main d’oeuvre qui creuse le troisième tunnel.
Ce dessin animé remporte un immense succès au cinéma en 1978, passe tous les ans à la télé avant les fêtes jusqu’aux années 1990. Il a donc structuré l’enfance de générations de sud-Coréens, s’ancrant profondément dans la mémoire collective. Ne ratez surtout pas le début du film. Le générique est un concentré rouge et noir, comme l'enfer, d'une propagande expressionniste sidérante.