Tourné à Berlin en 1965 par le documentariste Jürgen Bōttcher, un joli film en noir et blanc qui chronique, le temps d'un été, la vie d'un jeune couple en crise. La relation à deux doit se reinventer - dire adieu à l'adolescence, son insouciance et sa nonchalance - et le film qui commence comme une version allemande de Pierrot le fou prend une autre direction, en tissant des relations entre les générations et en plaçant en son centre la question du divorce et du sens de la vie maritale. On est donc loin de l'anarchisme de Pierrot le fou, mais pas non plus dans l'apologie de la vie conjugale , plutôt à ce point de bascule où, à 23 ans, le personnage principal hésite à divorcer. Ou bien ou bien , un dilemme à la Kierkegaard entre le stade esthétique ( la jeunesse, le fleurt, la vie en bande, la moto) et le stade éthique ( l'engagement dans le mariage). Le film ne tranche pas, il suggère par un parallèle avec le devenir de Berlin qui renaît de ses ruines - c'est la symbolique de la scène finale située sur une colline où gisent les débris de la ville, détruite par les bombardements, bientôt transformée en parc et nouveau lieu de vie pour les urbains.
Le propos n'a donc pas la radicalité de Godard et de la Nouvelle Vague française, mais il y a de belles scènes en extérieur - dont un mémorable moment de drague sur un banc, ou encore l'observation d'un car de touristes par des jeunes désœuvrés. Ajoutons un acteur lunaire (Alfred), de beaux seconds rôles (Mogul), et surtout cette certitude qu'il ne faut pas vivre dans le passé, mais que le présent nous appartient. C'est déjà beaucoup.