Film peu dissert, qui deserre les sphincters mais que dessert le désert où errent deux pauvres hères

D'ailleurs le réalisateur est tellement impliqué que son œuvre ne fait pas que montrer le désert, elle EST le désert.

Gus Van Sant est un ressortissant croate de 20 ans, étudiant en école des arts et techniques de l'image et du son au moment des faits.
Il usurpe l'identité du vrai Gus, et parvient à force de social engineering à tourner avec Affleck et Damon dans le cadre de son projet de fin de deuxième année.
(Si vous vous demandez d'où viennent les $3,5M de budget, rappelez-vous que Cheminade a obtenu 500 signatures pour l'élection présidentielle. Ça fait réfléchir hein ?)
Il prend bien sûr comme cadre les terres de son pays natal, la Croatie, dont on retrouve les paysages vides et les voitures pourraves.
En un hommage tout à fait ironique à celui dont il a volé le nom, il va péréniser la technique initiée par le vrai Van Sant dans Elephant : le mouvement perpétuel de caméra comme remède au vide.
Avec le même succès mitigé que son aîné, malheureusement.

Pour les dialogues, le Fake Gus Junior fait appel à Gala Prod.
Cette société, éprouvée au métier, réutilise le même procédé qui a fait son succès dans Freed from desire : 16 lignes de dialogue au total ("nanana" inclus) pour plus de 4 minutes de chanson. À noter que ces 16 lignes de dialogue sont constituées de 6 lignes distinctes ("nanana" toujours inclus), répétées à divers degrés.
Un calcul rapide par règle de trois nous amène à l'estimation que notre ami Van Sant disposait environ de 375 lignes de dialogue (dont 150 uniques) pour l'ensemble de son récit.
La légende dit que le scénario de Gerry a été écrit sur la tranche d'une feuille de papier à cigarette, et ses dialogues sur une seule des deux faces (les feuilles à rouler de taille standard hein, pas celles pour les joints que le réalisateur a manifestement dû consommer à profusion).
Cela oblige bien évidemment notre ami Van Sant à disperser les répliques, d'autant que sur une telle durée il pouvait se permettre moins de répétitions, ça serait vite devenu super chiant (nous verrons plus loin que cet écueil n'a pas forcément été évité pour autant, malgré ces précautions).
Jamais à court de ressources, il a choisi pour compenser d'insérer des phrases sans aucun rapport avec l'histoire mais ça ne se voit pas trop vu que le film ne raconte pas grand chose.

Après un quart d'heure (dont 5 minutes où on voit deux mecs dans une bagnole qui ne disent pas un mot), débarquent des plans qui font curieusement penser au Mordor, avec une grande étendue vide, nos deux protagonistes perdus et minuscules là au milieu, le Mount Doom en arrière-plan et même des nuages noirs menaçants.
irrésistiblement on se prend à rêver de voir arriver les Nazguls, qui boufferaient tout le monde et mettraient fin au calvaire.
Mais évidemment le gars Sauron est bien plus fourbe que ça. Il faudra boire le calice jusqu'à la lie (ou hallali, comme vous préférez pour le coup).

D'un point de vue purement technique, on note l'utilisation massive du plan-séquence (caractéristique de l'étudiant en école de ciné qui essaie de faire ses devoirs), mais je ne pense pas nécessaire de se précipiter pour crier au génie, attendez pour juger de voir ce qu'on entend par les fameux plans-séquences...

Après une très belle mise en place d'1h30. on se demande juste pourquoi les 10h restantes du film ont été bâclées en 5 minutes.
Casey Affleck mort de vieillesse (camouflé par une superbe pirouette scénaristique, et l'une des deux seules scènes d'action du film) ? Problème de budget ? Plus de pellicule ? Le mystère reste entier.


Plus sérieusement, j'entends déjà ceux qui dénoncent une note un peu frileuse par rapport à la critique assassine, mais je reste un peu en-dessous de la moyenne, car conscient d'avoir été hermétique à quelque chose, à l'instar du 2001 de Kubrick par exemple.

Comme Elephant, il est esthétique, de beaux paysages désertiques, toussa mais, comme Elephant, ça ne suffit pas, bordel !

J'ai aussi été refroidi en voyant que les deux acteurs principaux ont participé à l'écriture. J'ai passé la majeure partie du film à compatir pour eux, en me disant qu'ils avaient dû se demander à plusieurs reprises ce qu'ils foutaient là, mais vraisemblablement non puisqu'ils ont signé en connaissance de cause. C'est vrai que vu la complexité de l'intrigue, il fallait bien s'y mettre à trois pour pondre ça.

En conclusion, je crois que ce que je préfère chez Van Sant... ce sont ses autres films.
SeigneurAo

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8

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