Gerry et Gerry, deux amis, quittent leur voiture à l’entrée du désert pour partir explorer et respirer l’air pur des plaines vierges. Quelques kilomètres plus tard, sans réellement savoir ni où ils sont ni comment ils y sont arrivés, ils rebroussent chemin et tentent de retrouver la route du retour.
La simple promenade n’en finit plus et à mesure qu’avance le film, le spectateur commence à perdre espoir, tout comme les deux personnages. Totalement immergé, on n’a d’autre choix que de se prendre au jeu et de chercher indéfiniment une solution, une issu improbable.
Gus Van Sant n'hésite pas à poser sa caméra pour nous laisser admirer le paysage magnifique où errent les deux personnages. Plans fixes aux couleurs arides et chaudes, larges panoramiques sur une nature vierge de toutes civilisations, il insuffle ainsi à son film un rythme très lent, propice à la contemplation, à la description de ses personnages et de leurs sensations.
Choisissant un minimalisme d’une justesse quasi documentaire plutôt que de tomber dans l’émotion gratuite, il parvient alors à retranscrire l’ambiance original et à faire ressentir au spectateur cette immensité constamment opposée à la solitude effrayante. Quelques rares plans s’autorisent le luxe d’une musique lunaire, totalement hors du temps et du commun qui vient alors transformer l’attente et le désespoir en un magnifique et tragique point d’orgue interminable.
Le spectateur est alors happé par cette histoire et par ces personnages dont il n’apprendra rien d’autre que leur présent. D’une simplicité et d’une justesse rare, les deux stars d’Hollywood nous offre à l’écran une face jusque là inconnue de leur jeu et prouvent alors qu’un bon acteur n’est bon que lorsqu’il est bien dirigé.
Au final, Gus Van Sant nous offre une des plus belle leçon de cinéma. Une caméra, deux acteurs, un décor naturel lui suffit pour nous raconter une magnifique histoire. Dépouillé à l’essentiel, son film dépeint alors des sensations rares, si fortes et pourtant si simple. On est ici plongé aux plus profond de l’âme humaine, face au désespoir, à la peur, à l’amitié inconditionnel… Avec le strict minimum et le plus grand génie, Gus Van Sant nous inflige donc une claque monumentale et incomparable quelque part entre Into The Wild et La Route. On en ressort sans voix, ému et choqué.