Du bonheur à leurs followers (avant l'heure)

La dernière image ? J'adore ce long plan séquence (interminablement beau) cadré sur les 2 visages l'un derrière l'autre, dodelinant à la même cadence. On sent l'obstination, la têtutesse, droit devant, sous le cagnard.

"Ils vont vers leur risque. A les regarder on s'habituera". C'est ce que je me suis dit (René Char was here).


Mais ça ne suffit curieusement pas hélas. Bien sûr, de supers séquences ou plans comme celui-là, le film est truffé. La photographie est fantastique. Comme la petite musique minimaliste qui vient enrober le tout.


Mais voilà.... C'est bien trop peu au final. La raison ? Elle est simple. Voilà deux personnages dont on ne sait rien, qui s'enfoncent (sans eau naturellement, sans carte, à l'époque il en faut à défaut de GPS, surtout en plein désert) sans savoir où aller, sans même se repérer par rapport à une montagne (l y en a toujours une en permanence dans le champ au tout début). C'est le genre d'improvisation qui te prend dans la grande ville (The Cacher in the Rye), ou tout seul quand tu sais que tu veux en finir. Mais à deux copains sur un mode léger en commençant par un petit footing histoire d'avoir vraiment soif tout de suite, sans jamais être capable de se repérer à partir d'aucun détail à l'horizon qui pourtant est absolument dégagé (la difficulté se pose quand l'horizon est bouché), ça fait qu'on y croit pas un instant.


Le pire peut-être c'est lorsque les paysages changent comme dans un album pour enfant... Savane puis sable puis relief rocailleux puis sommets puis quasi désert de sel... Alors on comprend qu'on est dans un film au propos théorique, à la dimension allégorique à la portée d'un enfant de 4 ans : la vie c'est pas du Kiri, ça finit mal en général.


On n'y croit guère. On ne s'attache pas puisqu'ils n'existent pas ces deux lascars. et leurs échanges sont évidemment à l'avenant, d'un banalité confondante. Au niveau visuel, on pense par moments à Zabriskie Point. Mais dans ce dernier, une intrigue il y avait, même toute mince... D'ailleurs c'est Last Days qui dans un principe proche mais existentiel fera mouche quelques temps après. Parce qu'on avait soudain une histoire et son corolaire, le mystère, auxquels se raccrocher.


De quoi faire regretter que le portable ne soit pas arrivé jusque là fin des années 90... Ca leur aurait évité ce grand détour. Gerry est sans le vouloir une ode avant-gardiste et prophétique à l'usage intensif du portable. Pourtant, je pense au streamer Jean Pormanove qui est mort il y a quelques jours après des semaines de torture en direct (la voie royale vers des likes à l'infini mais le plus court chemin vers l'au-delà). Et je me prends à craindre que Gerry aujourd'hui ce serait deux streamers se filmant jusqu'à la mort (de soif et d'épuisement) dans un désert dont la surface du moindre caillou a été cartographiée depuis l'espace (impossible de se perdre de nos jours) juste histoire de donner un peu de bonheur à leurs followers (sic)...

Créée

le 21 août 2025

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