René Clément, et les scénaristes Aurenche et Bost, prennent le partie de simplifier l'intrigue de L'assommoir, et ils font bien, se focalisant sur les déboires de Gervaise. Emerge alors comme sujet principal, plus que l'alcool, l'aliénation de la femme dans une société qui ne veut d'elle que soumise et dévouée.
Or Gervaise est dévouée à son mari, mais elle a surtout des idées d'ascension sociale. Ce qu'elle veut vraiment, c'est avoir sa propre boutique, que la vie serait douce alors!
Mais c'est compter sans le mari, qui supporte mal d'être entretenu, lui qui était couvreur ne veut plus remonter sur les toits depuis un grave accident. Alors pour oublier, il boit l'argent de la boutique, et quand il rentre saoûl il fait du grabuge. C'est bien tentant toutes ces jeunes filles dans la boutique, quand on est un homme, n'est-ce-pas?
Et il y a aussi le père des enfants de Gervaise, lui il est comme le mari, sauf que c'est une attitude réfléchie, il est ce qu'on appelle un parasite.
Bref, Gervaise n'est pas très aidée. Pourtant on l'aime bien Gervaise, avec Maria Schell qui lui prête ses doux traits dans une interprétation des plus habitées.
L'Assommoir devient ainsi pleinement un mélodrame social. On y parle toujours d'alcool, on y parle de précarité, de minimes revendications repoussées par des patrons satisfaits d'eux-mêmes, il faut bien vivre n'est-ce pas, et vivre bien, tant pis pour les autres.
Bref, c'est bien du Zola, mais du Zola simplifié, expurgé d'une partie de sa noirceur par une mise en scène classique. Mais cela ne fonctionne toujours pas mal.
Même si je terminerai par ce lieu commun entre tous : lisez donc le livre!