En pleine lecture de l'intégrale des Rougon-Macquart, je tente ensuite d'en voir les nombreuses adaptations réalisées pour le cinéma. Avec Gervaise, René Clément adapte en 1956 L'Assomoir, qui est pour le moment (j'en suis à la moitié) le gros chef-d'oeuvre de l'ensemble de l'oeuvre. Clément est très proche de l'oeuvre, peut-être même un peu trop, et en deux heures, il ne peut en proposer qu'un résumé. C'est un joli résumé, propre et fidèle, mais il ne peut qu'effleurer la richesse et la complexité du roman. Surtout, j'ai l'impression qu'il ne parvient pas du tout à en saisir l'immense noirceur, le profond désespoir qui l'habite. Son adaptation est trop proprette et bien comme il faut, ses cafés trop propres et ces personnages trop lisses. On ne peut pas lui en vouloir plus que ça, c'est sans doute lié aux us du cinéma de l'époque, mais j'ai un peu l'impression d'en voir une version édulcorée qu'on rendrait accessible à des scolaires. Et puis quel drôle de choix que de confier le rôle de Gervaise à Maria Schell qui a plus le profil d'une actrice à la Romy Schneider avec son étrange diction, qui ne ressemble pas du tout à l'idée qu'on se fait du personnage en lisant le roman, même s'il faut bien admettre qu'elle donne de sa personne et qu'elle finit par être convaincante grâce à sa gestuelle, car elle joue beaucoup avec son corps, et c'est plutôt appréciable au final car le rôle est très physique.