« Allez, un petit DTV de sniper pas trop long, avec Ngai Sing (Blade of Fury, Matrix 2 et 3) en plus, ça va faire passer le temps ». Voilà ce que je me suis dit en me lançant dans Ghost Sniper. Quelle ne fût pas ma surprise de me rendre rapidement compte durant le visionnage que le mot le plus important du titre n’était pas « Sniper » mais « Ghost ». Car ici, peu de sniper au final, nous ne sommes pas dans un DTV chinois de snipers tel que Sniper : Vengeance ou The King of Snipers, mais dans quelque chose qui essaie de sortir de ce qu’on a l’habitude de voir dans la jungle des plateformes de SVOD chinoises et leurs dizaines de films mettant en avant des tireurs d’élites. Point de ça ici, mais un mélange intéressant, qui n’a certes rien de novateur puisqu’il s’inspire de quelques classiques américains, qui retient l’attention. Et quelque part, même si c’est loin d’être parfait, ça fait plaisir et le film de Jiang Jing-Zhong, Wang Wen-Bo, respectivement réalisateur et scénariste du DTV à la bonne réputation Stabbing into the Throat (2022), mérite qu’on s’y attarde un peu.


Dès l’introduction, Ghost Sniper va jouer avec le spectateur en nous montrant une grosse scène d’action comme pour nous faire croire que, oui, nous allons être dans un actionner de guerre mettant en scène le sniper du titre. La scène d’action est intense, bien fichue, assez impressionnante même (souvenez-vous la règle des 6 minutes), mais il s’avère que c’est un homme qui écrit un livre et qui décrit par écrit cette scène. Soudain, un laser rouge apparait sur son front et il reçoit un coup de fil qui lui dit que s’il ment sur ce qu’il écrit, il prendra une balle en pleine tête. Il décide de ne pas écouter l’appel et se prend une balle en pleine tête. Il finit à l’hôpital, dans le coma, et pendant qu’il est dans ce coma, son esprit se retrouve projeté dans le corps du personnage principal, chef d’escouade militaire, qu’il décrivait pour son livre. A partir de là se met en place une boucle temporelle. Il se rend compte que son escouade est destinée à mourir au corps de leur mission et il est bien décider à vivre et revivre sans cesse cette scène jusqu’à ce qu’il arrive à sauver son escouade. Les deux premiers actes du film vont donc nous présenter les diverses tentatives de ce personnage couard qui se retrouve dans le corps d’un chef d’escouade sur entrainé. Ghost Sniper s’inspire des films Source Code (2011, Duncan Jones) et Edge of Tomorrow (2014, Doug Liman) qui sont même ouvertement cités le temps d’une ligne de dialogue. Le héros a beau être dans le corps d’un soldat entrainé, il n’a au départ aucune compétence de combat et, passées les premières tentatives où il comprend qu’il est dans une boucle sans fin, on va le voir apprendre à se battre, à tirer, à mémoriser les mouvements des ennemis à chaque tentative pour trouver un moment sûr et sauver ses coéquipiers. Et c’est là que le film se rapproche quelque part d’un autre film à boucle temporelle, Un Jour Sans Fin (1993, Harold Ramis), car il joue la carte de l’humour parfois bien prononcé. Ngai Sing est d’ailleurs excellent lorsqu’il joue le registre de la comédie, avec ses petites danses lorsque son personnage commence à s’amuser avec la boucle temporelle, n’hésitant pas à se balancer une balle dans le crâne pour reprendre les choses à zéro.


Les deux premiers tiers ont un côté très ludique, certes pas novateur quand on connait les inspirations, mais néanmoins inhabituel dans un DTV chinois qui tente de faire autre chose que les schémas narratifs habituels. En faisant le choix de la boucle temporelle, on se retrouve devant quelque chose proche d’un jeu vidéo Roguelike où le die and retry est le cœur du jeu dans lequel notre héros va passer de gros boulet qui ne sait même pas le sens dans lequel ion tient une arme à celui de maitre qui anticipe chaque mouvement de l’ennemi. Et puis soudain, dans le dernier acte, il y a un changement de ton qui est à la fois une force mais une faiblesse du film. L’humour s’arrête net pour laisser la place à quelque chose de bien plus psychologique, plus lourd, virant même dans le mélo au fur et à mesure que la fin du film approche. La boucle temporelle s’estompe et va laisser place à une ambiguïté entre réalisé et fiction comme si la boucle temporelle représentait le combat intérieur du personnage dans le coma pour rester en vie. Sauver son escouade dans son « subconscient » reviendrait à se sauver lui-même dans la réalisé. Cette double lecture permet au film de gagner en puissance émotionnelle, mais on perd tout le côté ludique et attachant de la première heure. Quoi qu’il en soit, c’est là ou Ghost Sniper arrive à sortir du lot, d’autant plus qu’il est, mine de rien, bien emballé, avec des scènes d’action mises en scène avec efficacité. D’abord un peu grotesques (volontairement), puis de plus en plus sérieuses, bien chorégraphiées et intense au fur et à mesure que le film avance. On regrettera juste parfois un montage un peu trop rapide, mais l’ensemble est agréable à l’œil avec quelques mouvements et cascades assez impressionnants. Le film fait visuellement bien plus riche que son petit budget mais il est trahi par les quelques CGI (certaines explosions) souvent moyens. Le film a la bonne idée de préférer les effets gores en practical plutôt que ces gerbes de sang immondes en CGI qu’on voit trop souvent. Au final, on ressort content du visionnage de Ghost Sniper, content d’avoir vu un DTV chinois d’action qui essaie de sortir des sentiers battus, de l’habituel cahier des charges. Le film est certes imparfait, mais ses qualités l’emportent sur ses défauts.


Jouant la carte de la boucle temporelle, Ghost Sniper est un DTV chinois loin d’être parfait mais qui arrive à être marquant par son envie de proposer autre chose, sa mise en scène solide, et un Collin Chou qui s’investit à 100%


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-ghost-sniper-de-jiang-jing-zhong-et-wang-wen-bo-2023/

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le 10 mars 2026

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