Pour son premier long-métrage, Clay Tatum choisit la comédie noire teintée de fantastique. Jouant son propre rôle, il se dépeint comme un photographe oisif et fauché, qui au détour d’un terrain vague retrouve un ancien camarade de lycée. Vous savez, ce genre de camarade que vous connaissiez de vue, sympa et avenant, mais que quelque part vous n’aviez pas spécialement envie de recroiser. Whit s’avère assez collant au désespoir de Clay, jusqu’à lui annoncer qu’il est en fait mort et que Clay est la seule personne à le voir et à pouvoir interagir avec lui. Un « ami » d’autant plus encombrant que flippant dont Clay, partagée entre agacement, effroi et pitié, ne sait que faire.
Le film est tourné sous l’angle de la comédie, et les dialogues incisifs couplés à la morgue des personnages sont hilarants. Clay Tatum ajoute quelques éléments de fantastique et thriller, quelques pointes de tensions par-ci et d’émotions par-là. Le film tient un bon rythme sur son format et on ne s’ennuie pas, et le final prend un tour assumé et audacieux. Je regrette quelques redondances de scénario qui ajoutent quelques longueurs, ainsi que plusieurs pistes narratives qui sont lances sans être creusées — y a-t-il d’autres fantômes ? que faire de ces pouvoirs ? etc. — qui nous laissent un peu sur notre faim.
Au crédit du film on peut saluer une bonne maitrise du sujet pour un petit budget, le scénario tient ses principes du fantôme immatériel de manière efficace. Les deux acteurs principaux ont une vraie alchimie entre eux, rendant leurs échanges dynamiques et crédibles. La cinématographie, la photographie et les décors sont aussi de très bonne qualité pour un petit film indé. Comme cité plus haut, c’est surtout l’écriture des dialogues et des situations, avec un sens du timing comique qui ressort du lot.
Pour le moment, le film n'a connu qu'une sortie en salle française en dehors de la tournée des festivals indé, avec encore une de ces "traductions" de titre incompréhensible — pourquoi en pas garder "the civil dead", qui avait un sens aussi bien dans le personnage de Whit, dans le "civisme" de Clay ou dans les photos urbaines vides qu'il prend, il n'y pas vraiment de thérapie dans le film ... Outre ce point, j'espère pour Clay Tatum que son film pourra être distribué un peu plus largement, et ainsi le revoir sur d'autres œuvres dans le futur.