Sorti en 1946 et réalisé par Charles Vidor, Gilda est le film qui transforma Rita Hayworth en véritable sex-symbol et emblème de la "bombe atomique". La sculpturale actrice est une véritable "bombe atomique", alors quoi de plus logique que d’en faire l’effigie d’une vraie bombe atomique ? N'en déplaise à Rita Hayworth, c'est un peu ce qu'on retient de l'image de l'actrice, son effigie collée sur une vraie bombe atomique. Gilda c'est un film qui est rentré dans la culture populaire, pour le magnétisme de Rita Hayworth bien sûr et pour son caractère osé (le fameux striptease). C'est aussi un film à l'atmosphère noire qui consacre un type de personnage, la femme fatale, femme vénéneuse qui apporte partout où elle va le trouble et la discorde.
Nous sommes dans les année 40 en Argentine, à Buenos Aires. La seconde guerre mondiale prend fin et de nouvelles opportunités s'offrent aux plus chanceux ... et Johnny Farrell (Glenn Ford) est l'un d'entre eux. Johnny est un joueur et tricheur professionnel qui se lie d'amitié avec Mundson (George MacReady), un homme d'affaire qui possède un grand casino. Ce dernier sauve la vie de Johnny et le choisit comme son nouveau bras droit pour diriger ses affaires, comprenant entres autres des jeux d'argents illégaux. Un beau jour, Mundson présente à Johnny sa nouvelle femme, une certaine Gilda (Rita Hayworth). Lorsqu'ils se croisent pour la première fois, une certaine tension s'installe et on comprend alors que tous deux se sont déjà connus. Cette association à trois va se former (un triangle amoureux ?) on sent bien que ça va faire des étincelles.
Le problème que j'ai avec Gilda, c'est que finalement, du film on ne retient que son actrice principale. C'est un peu dur comme jugement, mais c'est comme ça. Sinon, comme film noir, il y a vraiment beaucoup mieux ... à commencer par Le Faucon maltais (1941), Laura (1944), Assurance sur la mort (1944), Le Grand Sommeil (1946), La Dame de Shanghai (1947) toujours avec Rita Hayworth, Le Troisième Homme (1949), Quand la ville dort (1950) et Boulevard du crépuscule (1950) pour n'en citer que quelques uns. Charles Vidor n'est pas un mauvais réalisateur, mais il n'est clairement au niveau d'Otto Preminger, Billy Wilder, Howard Hawks, John Huston ou Orson Welles. La mise en scène manque clairement d'envergure ici et Charles Vidor se contente de respecter les codes du film noir, sans les transcender. Pareil pour Glenn Ford qui fait pale figure comparé à Sterling Hayden, Dana Andrews, Humphrey Bogart et Joseph Cotten. A l'image de la mise en scène de Charles Vidor, sa prestation est correcte mais manque d'envergure.
Au final, il n'y a que Rita Hayworth qui illumine l'écran de son sex-appeal. Scène mémorable, moulée dans une robe fourreau noire, elle s'adonne à une danse lascive qui se termine sur l'un des plus célèbres striptease du cinéma, où elle enlève ses fameux gants noirs. La relation ambiguë qu'elle entretient avec Johnny est le principal attrait du film, bien que Glenn Ford ne fasse pas le poids avec Rita (oui je sais, je m'acharne sur lui ... mais c'est mérité !). Il y a bien une intrigue qui se développe sur un marché noir autour d'un métal rare, mais c'est assez décousu et on s'y désintéresse assez rapidement. Et puis, il y a ce final qui fait vraiment tâche. Un film noir ne peut pas se terminer en happy-end, ce n'est pas possible ... et pourtant, ils l'ont fait !