J'ai adoré ce film, car pour moi, il représente l'Amérique des "anti-Trump", celle des déclassés, des invisibles, des immigrés, des handicapés. Celles et ceux que la route a laissé de côté.


Heureusement qu'il y a des gars comme Vic, pour les récupérer au bord de la route.
Vic, c'est un peu l'auto-portrait du réalisateur américano-russe Kirill Mikhanovsky, dont c'est le deuxième long-métrage.


On est plongé immédiatement à bord de son van qui fait office d’ambulance, à fond les ballons sur les routes défoncées des banlieues de Milwaukee (Wisconsin), ville du midwest américain.


Comique de situations, cacophonie, on suit les aventures foutraques de ces personnages peu ordinaires.


A bord, on y trouve entassés pèle-mêle le grand-père russe de Vic, atteint d’Alzheimer escorté de ses vieilles amies russes aussi sonores qu’un chœur de l’Armée rouge, un pique-assiette à moitié fou et dragueur invétéré, les handicapés que Vic doit conduire par monts et par vaux, dont Tracy, «Lolo» Spencer, princesse guerrière en fauteuil roulant, munie d’une épée et d’une iroquoise afro.


Entre temps, on s'arrête chez la mère de Vic où l'on assiste à une scène de concert peu académique, au cours de laquelle on part à la recherche d'un magot trop bien caché.


Et puis, c'est une soirée au foyer des tétras et autres handicapés qui me met la larme à l’œil. Où on constate qu'être handicapé n’empêche pas de s’amuser.


Comment ces êtres si différents vont se supporter, faire abstraction de leurs contraintes propres pour se transporter jusqu'à ce grand terrain vague faisant office de cimeterre où une scène d'enterrement d’anthologie nous attend ?


Le tout se déroule dans une ambiance d'émeutes urbaines qui culminera dans une scène d’affrontement à haut risque. C'est là que les ressorts du drame social se jouent également. L'Amérique des tensions raciales et sociales ne peut s’effacer.


Le rythme trépidant, les effets de caméra (sans fioritures inutiles), le montage saccadé accompagnent les aléas burlesques des personnages terriblement attachants et nous entraînent cahin-caha dans une forte émotion.


On a l'étrange l’impression de voir Mikhanovsky s’efforce de dompter le chaos en même temps que son protagoniste, mais qu'il n'y parvient pas. Peine perdue, on sera emportés jusqu’au bout dans cette folie qui rapproche les êtres.


Chris Galus, qui interprète Vic, est électricien de formation. Comme lui, de nombreux acteurs du film sont des non professionnels.

Créée

le 29 août 2019

Critique lue 479 fois

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