Il y a deux façons d'aborder « Gladiator ». D'un côté, le revoir au cinéma 17 ans après sa sortie avait quelque chose d'assez fort tant le péplum de Ridley Scott en impose encore aujourd'hui : du numérique, certes, mais avec un vrai grand sens du spectacle et des scènes d'action souvent impressionnantes, où toute la cruauté et la « grandeur » de Rome saute aux yeux de manière flagrante. C'est d'ailleurs là une des grandes réussites de l'œuvre : montrer le pouvoir de fascination que peuvent avoir les hommes pour des activités abjectes (et extrêmement bien foutues, osons l'écrire!), révélant une cruauté sans doute toujours autant d'actualité.
De l'autre, certains aspects m'ont laissé nettement plus dubitatifs, d'autant que je ne les comprends pas. Mais que font ces images mentales venant troubler un affrontement guerrier pourtant fort maîtrisé jusque-là ? Quel est ce mysticisme étrange cassant plus le rythme qu'autre chose ? Des fautes de goût assez incompréhensibles, certes pas omniprésentes mais quand même un peu gênantes, d'autant qu'elles ont lieu un peu sur toute la durée de l'œuvre.
De plus, au-delà des libertés historiques prises (c'est de bonne guerre), certains aspects du scénario ne sont pas assez exploités (la relation entre Maximum et Lucilla), d'autant que Russell Crowe, efficace, se fait complètement voler la vedette par un Joaquin Phoenix impressionnant en Commode sadique, torturé et obsédé par le pouvoir, de loin le protagoniste le plus intéressant. Dommage d'ailleurs que cet ancien général romain devenu gladiateur n'ait pas été mieux écrit, n'évoluant en définitive que très peu du début à la fin. Ces réserves émises, « Gladiator » reste un divertissement haut du panier, rendant ses lettres de noblesse à un genre porté disparu depuis de nombreuses années à Hollywood. Inégal, mais prestigieux.