Senatus PopulusQue Romanus
On peut dire ce qu'on veut, mais Gladiator est quand même un grand film.
Chaque fois que je le vois, je me laisse emporter dans l'émotion: Maximus, l'image même du bon père de famille, de l'honneur à la romaine, qui s'apprête à retrouver son foyer et à quitter définitivement le service de Rome, pris entre les dernières volontés de Marc-Aurèle et l'ambition de Commode, qui fait lâchement assassiner sa famille après avoir tenté de le tuer lui. Commode lui-même, un méchant très très méchant, l'arène, le sang, et le très beau final.
Attention toutefois, l'on reproche souvent deux choses à ce film: ses facilités, genre tous les personnages sont ultra stéréotypés et ça fleure bon le folm à grand spectacle de partout, et ses incohérences historiques, qui sont légion (lolilol). Et ne nous voilons pas, c'est vrai. Entre un Joaquin Phoenix qui s''en sort au culot dans un rôle très caricatural, et le bonhomme qui arrive à nous sortir avec beaucoup de sérieux qu'à l'origine Rome était une république, on se dit que le film est pas passé loin de la catastrophe. Mais voilà, Ridley Scott a soigné la réalisation aux petits oignons, choisi ses acteurs avec goût, et ceux-ci se donnent à fond. Ne parlons même pas de la direction artistique: qu'il s'agisse de l'image ou de la bande-son, c'est un film à émouvoir même les coeurs les plus endurcis.
Penchons-nous trente secondes sur le scénario, faisons fi des raccords historiques douteux et des facilités: l'histoire est belle. Maximus est l'incarnation même des valeurs romaines. Fidélité, honneur, mesure, charisme, sens de la famille. Il tient de Spartacus et de Cincinnatus, n'a aucun goût pour le pouvoir mais l'exerce au besoin. Bon, ok, il est trop bon pour être vrai, c'est pour ça qu'il meurt, on y aurait pas cru sinon, mais bordel, le mec il déchire quoi. Passons sur son pote black qui connait le sens de la vie comme Rafiki et le vieux gladiateur qui fait penser au Philoctète du film de Disney, on a son parfait alter ego: malveillant, rusé, dégénéré, paranoïaque, Commode, le bien nommé. Un mec qui ose porter des armures blanches et qui voudrait bien avoir des relations sexuelles avec tous les membres de sa maisonnée, chiens et chats compris. L'incarnation même du mauvais gestionnaire qui ne se fait respecter qu'à grands coups de libéralités, la décadence romaine en chair et en os. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que, bien qu'il veuille rétablir la république, Maximus ne cherche pas l'approbation du peuple, mais avant tout du sénat, même s'il ne l'aime pas. La leçon est amère: le peuple est partagé entre Commode qui lui offre des jeux et Maximus qui y excelle, tandis qu'en sous-main, c'est bel et bien la mainmise sur les représentants du peuple qui est nécessaire pour amorcer une mutation de la société. Même leçon dans Robin Hood, qui viendra plus tard: aucun doute, Scott n'a aucune confiance en la force populaire. On le comprend. Les deux films voient s'opposer un révolutionnaire malin qui cherche l'appui des puissants et un tyran qui assoit son autorité en se faisant aimer du peuple et en terrorisant les détenteurs du pouvoirs.
Au final, on trouve un bon paquet de défauts et de qualité des deux côtés. Toutefois, de nombreux films encensés par la critique souffrent également de scénarios prévisibles et d'incohérences historiques, retenir ces deux critères comme étant rédhibitoires me semble donc une belle preuve de mauvaise foi. Moi, ce film me touche toujours autant.
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