Il y a des films dont on sait dès la première scène qu'ils seront de grands films. Une main d'homme, entre tâtonnement et assurance, fébrilité et impatience, caresse du bout des doigts, comme s'il n'osait les souiller, des brins de blé d'or dont l'éclat se ternit à merveille au contact de la noirceur de la chair.
Gladiator est un monument. Ce n'était pourtant pas une évidence. Le scénario est simplissime : une vengeance. Les scènes sont classiques, certaines stéréotypées, fourrées de dizaine de citations qu'on retrouve facilement sur la toile. Et pourtant, tout fait mouche. Les scènes de bataille, les combats des gladiateurs, de la décapitation à deux épées au combat contre l'homme au masque de fer, la confrontation entre Maximus et Commode (qui n'a pas frissonné lorsque Maximums commence son monologue : "My name is Maximus Decimus Meridius..."). La science de la mise en scène de Ridley Scott se retrouve dans tous les plans, les majestueux comme les plus intimes, avec des jeux de lumière toujours époustouflants. L'attachement qu'il nous fait éprouver pour Maximus, sorte de guerrier invincible mû seulement par la vengeance, un Berserker à la Guts, est une vraie prouesse cinématographique et narrative, faisant de la scène de fin, lorsque le Colisée entier se terre dans le silence, une scène des plus mémorables. Il faut enfin noter le jeu de Joaquin Phoenix, parfait dans le rôle de l'empereur romain aussi torturé que sadique que l'on adore détester, au point de ressentir une sensation proche de l'orgasme lorsqu'il se fait enfin égorger.
Multi-oscarisé en 2001, Gladiator mérite amplement ses récompenses, et probablement plus encore.