S’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas retirer à Shyamalan, c’est bien l’ambition théorique de ses films. C’est plutôt sur le plan formel ou de la narration que le réalisateur Américain montre parfois quelques faiblesses. Mais de ce point de vue, Glass lorgne heureusement plus du côté d’Incassable que du bancal Split.

En prenant une fois de plus le contrepoint du film de super-héros traditionnel (de spandex et d’affrontement spectaculaire il n’y aura pas ou si peu), Shyamalan cherche surtout à interroger la croyance du spectateur dans ce qu’il voit et ressent (ou veut croire et ressentir), à l’instar de ses trois personnages principaux. Glass : titre ô combien prophétique puisque le verre en question pourrait aussi bien être le miroir déformant que nous renvoient les personnalités multiples de ces héros cabossés, à la fois plein de certitudes et de doutes, qu’une allusion aux os de Elijah Price, ou au verre qui constituent les yeux de toutes ces petites caméras qui afficheront la Vérité au monde entier. Cette façon d’installer le doute se fait avec un certain sens de la poésie et de la mélancolie ; il y a en effet quelque chose de très doux dans le visage fatigué de Bruce Willis, sa passivité face aux événements. Le mutisme d’Elijah, son regard hagard et son fauteuil roulant font de lui une bête blessée.

Mais c’est surtout Kevin Wendell Crumb qui prend toute son ampleur dans Glass : lui qui était réduit dans Split à l’état de concept, il devient ici un spécimen de serial killer très touchant, plus fragile que terrifiant. Glass est un film torturé, malin et mal aimable, à l’image d’une époque dans laquelle se mêlent en permanence le vrai et le faux, jusqu’à l’étourdissement.

Francois-Corda
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2019

Créée

le 8 févr. 2019

Modifiée

le 4 juin 2024

Critique lue 180 fois

François Lam

Écrit par

Critique lue 180 fois

D'autres avis sur Glass

Glass

Glass

4

Sergent_Pepper

le 11 avr. 2019

Suivre

On a tous persisté

On avait décidé de passer notre chemin, après l’expérience collective assez désastreuse du volet précédent. Mais un des cinéphiles en moi, l’optimiste a tout de même entraîné les autres ; comme...

Glass

Glass

8

Eric-Jubilado

le 19 janv. 2019

Suivre

The house that M. Night lost

Il y a clairement deux manières de regarder "Glass", et le plaisir qu'on en tirera variera du tout au tout. La première est en passionné de culture de super-héros et de blockbusters parfaitement...

Glass

Glass

6

Frédéric_Perrinot

le 22 janv. 2019

Suivre

Une bête fragile

Alors en plein renaissance artistique, M. Night Shyamalan avait surpris son monde en 2017 lorsque sort Split et nous laisse la surprise de découvrir lors d'une scène en début du générique de fin...

Du même critique

Persepolis

Persepolis

4

Francois-Corda

le 16 sept. 2018

Suivre
Dernière modification

le 6 juin 2024

Critique de Persepolis par François Lam

Persepolis, ou une sorte d’idéal bobo gonflant qui enterre tous les enjeux (la révolution sous-jacente en Iran, l’expatriation, l’adolescence torturée), le tout relayé par cette enfant dont...

Les Chambres rouges

Les Chambres rouges

4

Francois-Corda

le 24 janv. 2024

Suivre

Les siestes blanches

La salle de procès qui introduit Les Chambres rouges est d'un blanc immaculé et incarne aussi bien l'inoffensivité de son propos que le vide existentiel qui traverse son héroïne Kelly-Anne. On ne...

Civil War

Civil War

5

Francois-Corda

le 21 avr. 2024

Suivre

Critique de Civil War par François Lam

En interview dans le numéro d’avril de Mad Movies, Alex Garland se réclame d’un cinéma adulte qui ne donnerait pas toutes les clés de compréhension aux spectateurs, à l’instar du récent Anatomie...