Séquence d'ouverture stressante et actrice au top de son charisme.

Ce fut un très beau rôle pour Gena Rowlands en 1980. Elle est l'attraction du film de John Cassavetes, très original dans son fond et sa forme. Le couple qu'elle fait, une fille de mauvaise vie encombrée d'un petit orphelin protoricain pourchassé par des mafieux qui ont assassiné sa famille, et qu'elle protège au péril de sa  vie, est attachant. 

Ce fut un des meilleurs films de John, car c'était une combinaison de la création caractéristique du cinéaste et de film grand public.

C'est-à-dire que Cassavetes avait tenu compte ici des capacités d'adaptation du public à sa narration atypique, et s'il innovait comme il le fait toujours, c'était dans un format  accessible. Certes, il  disait que ce n'était  qu'une commande alimentaire et que d'ailleurs il ne voulait pas le tourner. Mais là, c'était sa coquetterie : interrogé sur ses propres films, même ceux entièrement voulus par lui, il  faisait aussi des commentaires marqués d'insatisfaction ou de considérations dérangeantes, voire provocatrices pour les spectateurs, pour les journalistes et même pour ses amis proches.

Gena Rowlands, quant à elle, dit dans un interview de Stig Bjorkman que c'est ce film là d'elle qu'elle emporterait sur une ile déserte. "C'est un film qui me donnerait l'impression d'être forte. Il m'aiderait à survivre". 

La scène d'ouverture, un mélange de moments de stress et d'abattement, avec une famille coincée dans son appartement du Bronx qui va être exécutée toute entière, fut un choc : une  mise en scène à couper le souffle de la panique interactive, frénétique et paralysante qui saisit mari, femme, grand-mere et enfants quand ils comprennent ce qui va leur arriver.

En revanche, les séquences suivantes avec les mafieux ont un côté coloré et foutraque, bien que véristes, faisant état des  hésitations, de la bêtise et de la méchanceté des truands.

Elles sont traversées par les éclats de violence salvatrice du personnage joué par Gena Rowland. L'actrice montrait dans ce rôle un mélange de pathétique et de puissance renversant.

Cela m'a captivé dès la premiere vision (il y a longtemps) et même cloué sur mon fauteuil : j'étais très ému et je trouvais cela très beau. Chaque nouvelle vision est un plaisir. Émotionnellement, pour notre âme d'enfant émerveillé par le cinéma, ce film est comme la version polar et hard boiled de l'enchanteur Mary Poppins.

Post-Scriptum :

Il est heureux que Sidney Lumet ait réalisé un remake de ce film en 1999, Gloria, injectant de la mémoire créative du cinema pour les nouvelles générations d'acteurs et de spectateurs : en respectant le meilleur de Cassavetes - refaisant la séquence d' ouverture presque à l'identique - en donnant un beau rôle à Sharon Stone, nouvelle icône des années 90, et en y mettant de son talent propre avec quelques scènes pour Georges C. Scott, qui  joue le boss mafieux Ruby, "apparitions" courtes, où l'acteur et le réalisateur font une création superbe d'un personnage dangereux, antipathique et fourbe.

Michael-Faure
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le 19 janv. 2026

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