Communicant des villes contre cheminot des champs

Glory. Tout est résumé dans le titre de ce long-métrage bulgare, récompensé en 2016 par la Flèche de Cristal au Festival de Cinéma Européen. Glory, « gloire » en anglais, celle que connaît Tsanko Petrov, honnête cheminot qui découvre de pleins paquets de billets de banque sur la voie ferrée lors de son inspection quotidienne et décident de les rendre aux autorités. Mais aussi Glory, marque de la vieille montre que Tsanko porte précieusement au poignet, et qu’on oublie accidentellement de lui rendre après la cérémonie de remerciement au ministère. Le cheminot va alors tout faire pour récupérer sa montre, quitte à braver l’administration et se mettre en danger.


Il y a beaucoup de Kafka dans ce combat d’un homme contre la machine administrative, du Anouilh aussi, dans la vision pessimiste de la nature humaine. Grozeva et Valchanov dépeignent une société gangrenée par la corruption, où les hommes sont tout sauf admirables. Pour preuve, personne ne semble apprécier l’honnêteté du héros à sa juste valeur : ses collègues se moquent de lui, le ministre le méprise, l’administration l’ignore. Avant la cérémonie de remerciement, il est trimbalé de pièce en pièce comme un bagage encombrant, remisé dans un coin dès que l’on n’a plus besoin de lui. Il faut dire que ce brave homme rustre et bègue détone dans la machine de la communication bien huilée, parmi ces fonctionnaires en costumes impeccables et sourires mielleux, où les éléments de langage font loi.


La galerie de personnages est gratinée, entre Julia Staykova, responsable des relations publiques débordée, qui en oublie son désir d’être mère, et les journalistes blasés ou manipulateurs. Alors certes Glory pâtit parfois d’une réalisation technique défaillante : la caméra-épaule tangue au point de donner la nausée, le grain de l’image manque de finesse. Mais ces petits défauts sont heureusement contrebalancés par l’inventivité du récit. De farce absurde, le film verse petit à petit dans la comédie grinçante. Jusqu’au final, point d’interrogation tragique, cri de revanche ultime des méprisés face aux puissants.

Pauline_Vallée1
6

Créée

le 5 mars 2018

Critique lue 184 fois

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