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Je dois admettre que si Godzilla version Gareth Edwards ne m’avait pas transcendé en 2014, il m’en restait néanmoins de nombreuses images plus de dix ans après. Une revisite s’imposait donc, et grand bien m’en a fait tant elle m’a fait revoir mon estimation à la hausse. Il faut dire que mon regard a changé depuis lors. J’ai découvert la patte du cinéaste à travers l’un des meilleurs (si ce n’est LE meilleur) film Star Wars, Rogue One, et son charcuté mais néanmoins louable The Creator, et j’y ai trouvé un aficionado du gigantisme pourvu d’un sens du spectaculaire certain. J’ai enfin vu le film originel de Ishirō Honda et parfait mes connaissances dans le genre du kaiju eiga (avec notamment la trilogie Gamera de l’ère Heisei, ou Shin Godzilla et Minus One). Et puis j’ai vu le désastre que représentait l’ignoble MonsterVerse initié là par Legendary, qui enterrera toute velléité du studio d’approfondir la mythologie et le savoir-faire visuel déployés ici.


La figure de Godzilla a cet avantage non négligeable de pouvoir se réactualiser sans cesse à travers les décennies grâce à cette toile de fond des problématiques liées à la prolifération du nucléaire qui n’est pas prête de se tarir. Le lézard géant a donc encore de beaux jours devant lui, capable de s’adapter aux enjeux modernes de l’atome et trouvant aisément une forme de pertinence du propos pour peu que ses auteurs veulent bien faire quelque chose. Ici, c’est bien évidemment la catastrophe de Fukushima qui sert de vecteur paranoïaque, ancrant la menace dans une actualité bien réelle, tandis que les tsunamis déclenchés par le Roi des Monstres et ses adversaires renvoient inévitablement aux flots d’images rattachés au désastre sud-asiatique de 2004. De quoi créer une empathie directe avec les victimes que l’on va suivre pendant deux heures.


Car ici, pas de héros, mais des hommes inconséquents dans un déferlement de carnages où ils ne sont que dommage collatéraux d’affrontements qui les dépassent. Leurs actions ne servent à rien, et on peut facilement excuser la platitude de leur écriture (commune au genre) lorsque l’on comprend leur présence comme pure fonction narrative et visuelle, n’étant que prétextes à être au cœur de l’action, témoins de la destruction à grande échelle d’une puissance qui aurait dut rester assoupie, à travers les fenêtres du quotidien (bus, trains, bouches de métro…) qui volent soudainement en éclat devant la violence aveugle et impartiale du nucléaire. Ce choix de point de vue, c’est celui du jeu des échelles (où l’on passe d’un caméléon à un soldat, avant de s’apercevoir que l’arrière plan est le membre d’une créature titanesque) : Edwards place toujours l’humain dans le plan, à la fois comme moteur émotionnel et comme contraste avec l’incommensurable gigantisme.


Il est évident que le cinéaste a été à bonne école, révélant son monstre phare au compte-goutte pour mieux tendre la corde, et suivant ainsi les préceptes involontaires de Jaws. Tout est affaire de ménagement de la destruction pour la rendre plus impactante une fois avérée frontalement. En témoigne cette belle scène où le personnage d’Elizabeth Olsen regarde un parachutiste au-dessus d’elle, confuse face à ce flottement dans le chaos ambiant, avant qu’un chasseur ne vienne s’exploser dans une tour de l'arrière-plan. Ou ce déversement de chars d’assauts embrasés dans un Styx macabre qui fleure le désespoir de notre espèce. Et bien évidemment ce saut HALO (High Altitude, Low Opening) qui fait office de matériel promotionnel parfait, figurant une plongée dans un enfer littéral où tout n’est que dévastation. Alors quand en plus ce sens de la mise en scène est subjugué par des effets numériques chiadés et une photographie léchés, il y a de quoi se réjouir.


Non, décidément, je suis bien heureux d’avoir revisité cette œuvre. Si elle est imparfaite dans l’écriture de ses personnages, sa maestria visuelle me réjouit pleinement. Et après tout, c’est bien pour cet aspect que l’on se tourne vers le film catastrophe. Pour en prendre plein les mirettes dans un brasier nourri d’enjeux humains palpables. Et à ce niveau, c’est une franche réussite. Suffisant pour replacer de l’espoir dans le Jurassic World d'Edwards qui doit sortir cette année. Quant à la suite des aventures de Godzilla, je fais confiance aux japonais pour ne pas ternir la belle lancée effectuée par Shin et Minus One dans les nouveaux projets annoncés.


Créée

le 26 mai 2025

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Frakkazak

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