A l'époque de la sortie de ce nouveau Godzilla, tout le monde m'en parlait et me demandait si j'irais le voir, ou si je l'avais vu. Alors que je m'en foutais complètement. Ca m'avait tout l'air d'un blockbuster à la con, et en plus par le réalisateur de Monsters, ce film hype qui m'avait fait chier, avec ces monstres sans cesse absents, afin de se concentrer sur des personnages inintéressants.
Si j'ai vu Godzilla finalement, c'était à contrecoeur. (et pour le travail, enfin sort of)
A l'origine Godzilla (ou Gojira) est une création japonaise. Mais il faut toujours que les américains s'approprient les succès ciné étrangers. Donc si une bonne partie de l'action de ce reboot se passe au pays du soleil levant, tout le monde parle anglais, et tous les personnages ayant une quelconque importance à l'histoire est américain.
Et ils ramènent avec eux tous les clichés possibles du film catastrophe américain !
Le type qui vit un drame terrible dans l’intro, qui se termine par un carton du genre "15 ans plus tard". Il se retrouve à recouvrir tous les murs de son appartement d’articles de journaux traitant du drame (comment il peut se faire un nouveau papier peint uniquement avec ça ?!). Tous les personnages principaux se retrouvent en plein milieu de l’action à chaque fois, quoi qu’il arrive ; même le fils du héros, il se retrouve sur le pont juste à côté de l’attaque d’un des monstres.
Il y a une scène sur la plage où un homme crie qu’il faut courir… et tout le monde obéit, même sans savoir pourquoi.
Et on a vers la fin du film ce plan des plus ridicules où Godzilla regarde le héros droit dans les yeux, cet humain insignifiant, avant de disparaître dans la fumée. Je m’imaginais ce que ça donnerait si un humain jetait ce genre de regard à une fourmi ; c’est du même ordre. Je ne comprends pas pourquoi tous ces monstres gigantesques, bons ou méchants, prêtent à chaque fois tant d’attention à un seul humain, isolé. Ni pourquoi ils mettent trois plombes à les regarder en hurlant au lieu d’attaquer.
Pendant 1h, on nous parle de phénomènes anormaux, de secrets gouvernementaux, etc… c’est comme dans Monsters, on ne cesse de parler de trucs horribles qui vont arriver, ou qui se passent sans qu’on les voie. Enfin si, on voit des graphiques. Beaucoup de graphiques, sur des écrans d’ordi. De grosses courbes.
Le film dure 2h, ce qui m’a semblé une éternité, mais 1h avant de voir apparaître le monstre, c’est quand même beaucoup. De plus, ce premier monstre, ce n’est pas Godzilla. Je n’ai jamais eu d’affection particulière pour ce lézard géant, mais vu que le film s’appelle Godzilla, c’est quand même pas normal…
J’ai régulièrement pensé à cette scène d’Austin Powers 3, "On dirait Godzilla… mais c’est pas lui !".
Par ailleurs, vers le début, il y a une référence très brève à Mothra, mais lui non plus n’est pas dans le film ; comme si on cherchait à narguer les amateurs de films de kaiju.
Il faut attendre encore un peu pour voir Godzilla. Enfin son pied. Puis un peu de sa poitrine. Encore ses pieds. On va dire que le film crée de l’attente, mais quand on voit enfin le monstre en entier, le plan est très court, et on passe à… un combat avec l’autre monstre, vu de loin, et sur un écran de TV au second plan !
Et ça arrive au moins 4 ou 5 fois ; on retrouve ces plans vus sur un écran de télé, mais aussi des variantes : Godzilla se fait attaquer par un monstre ailé, mais on suit des humains qui s’enfuient dans un tunnel, et les portes se referment, ne laissant qu’entrevoir le début d’un affrontement entre les titans !
Quel putain de foutage de gueule…
On dirait un film de monstre fait par Antonioni. Ou alors un script écrit pour un film fauché, ce qui explique la présence réduite des monstres à l’écran, mais qui a été concrétisé avec un énorme budget. Du coup les monstres sont bien foutus, mais n’apparaissent que furtivement. D’après ce qu’on m’a dit, sur 2h, Godzilla n’apparaît que 11mn.
Il y a un combat final où on voit, ENFIN, les monstres se rentrer dedans. Mais c’est affreusement mou.
Bon, je ne suis pas non plus le genre de personne qui ne supporte pas les films s’ils ne sont pas emplis de scènes d’action, mais ce Godzilla n’a vraiment rien d’autre à offrir.
On se fout complètement des personnages principaux, qui ralentissent l’action en nous servant scène cliché après scène cliché (le héros qui regarde une photo de sa famille, le héros qui appelle sa femme à son boulot qui lui dit à quel point il lui manque ; c’est bon, on a compris !) et à aucun moment on ne sent de danger pour eux. Quelques personnages non importants se font écraser ou sont noyés, mais la violence reste très soft, très clean. Et à aucun moment on ne doute que les personnages ayant une quelconque importance vont s’en sortir, ce qui rend totalement inutiles ces scènes cherchant à créer du suspense.
Par contre, à défaut de m’identifier aux personnages, je me suis rattaché à une situation assez difficile : quand un personnage doit choisir en quelques secondes de fermer une porte pour contenir un danger, enfermant ainsi sa femme qui est à l’intérieur. Douloureux.
Autrement, les humains ne servent qu’à une chose : regarder dans le vide, en silence, l’air un peu ahuri, histoire de dire "ouaw, c’est quand même dingue ce qu’il se passe". Les scientifiques jouent de la même façon pendant tout le film, même lors des scènes de dialogues, ils ont les yeux grand ouverts et l’ai hébété, en perpétuel étonnement.
Il n’y a que deux choses que j’ai apprécié dans tout le film : l’idée du métro qui redémarre automatiquement et se dirige vers un monstre, et la scène du saut en parachute.
Sinon ce film est un énorme gâchis, d’un ennui terrible. Je ne sais pas comment un tel script a pu être validé, il s’étend sur 2h alors que 40mn auraient bien suffi.