Cette fois, plus aucun doute pour la Toho, cette ère Millennium était considérée comme un échec d’un bout à l’autre. Il était donc temps d’y mettre fin sans attendre. Et justement, nous sommes en 2004, ce qui signifie que ce sont les 50 ans de Godzilla. Quoi de mieux que cet anniversaire pour tirer sa révérence ? Il fallait pour cela un film d’envergure, qui sache montrer la démesure du kaiju. Est alors arrivé Ryuhei Kitamura, jeune réalisateur tout juste couronné de succès à travers le monde avec son film amateur de zombies combattants, "Versus", qui avait en tête l’idée parfaite : que Godzilla n’affronte pas un, pas deux, mais une douzaine de ses plus puissants adversaires. Un réalisateur plein de fougue, doué pour filmer l’action, afin de donner un dernier coup de fouet à la franchise ? C’était un pari risqué pour la Toho, qui s’avérera mémorable.
Le film nous informe dès son ouverture que, depuis 50 ans, la Earth Defense Force a combattu de nombreux kaiju, mais que Godzilla leur résiste toujours. Des mutants aux performances de combats exceptionnelles sont nés parmi les humains et ont été recrutés par la Earth Defense Force qui, dès la scène d’intro, parvient enfin à stopper Godzilla en l’emprisonnant sous un glacier. Le monde est alors soulagé… jusqu’à ce que des extraterrestres débarquent, et pas n’importe lesquels : les Xiliens (qu’on n’avait pas vus depuis Invasion Planète X, en 1965). Au même moment, de nombreux kaiju apparaissent et détruisent de grandes villes : Rodan attaque New York, Anguirus attaque Shanghai, King Caesar à Okinawa, les Kamacuras à Paris, et même ce bon vieux Zilla (la version Roland Emmerich de Godzilla) attaque Sydney ! Évidemment, les Xiliens ont un marché à proposer aux humains…
Après avoir visionné plus d’une trentaine de films de cette franchise, il faut avouer que c’est gratifiant d’en arriver à ce gros final en étant en mesure de reconnaître chaque kaiju qui apparaît à l’écran. Et même d’être heureux d’en retrouver certains comme Anguirus, qu’on avait laissé pour mort il y a longtemps, ou encore Ebirah, qui n’est pas l’un de mes favoris, mais qui fait partie des premiers monstres à avoir affronté Godzilla. C’est également amusant de retrouver ici le mal-aimé Zilla, qui est (la Toho étant toujours prête à se moquer de ce film américain) le seul kaiju du film en CGI. Ça fait même presque plaisir de retrouver le Minilla de l’ère Showa (oui « presque », faut pas exagérer non plus, il est toujours aussi irritant).
L’histoire des humains est particulièrement développée. Un peu trop, même. Des kaiju sont bien présents durant la première partie du film, mais Godzilla est enseveli dès les premières minutes et il faudra attendre pas moins de 1h10 (sur 2 heures de film) avant qu’il ne soit déterré. On passe donc plus de la moitié du film sans son kaiju phare. Mais lorsqu’il se réveille, il est en colère et massacre chaque kaiju qui se met sur son chemin. Le costume de Godzilla a été retravaillé pour ce film, il possède désormais des oreilles et, surtout, des épines dorsales enfin plus petites !
Concrètement, le scénario ne réserve pas de grande surprise puisque c’est du déjà-vu dans la franchise : des extraterrestres qui contrôlent les kaiju, on connaît. On est là que pour voir Godzilla affronter une horde de ses anciens ennemis. Et malheureusement, ça n’occupe qu’une minorité du temps d’écran. Il était évident qu’on ne pouvait pas fêter la fin de la licence sans revoir Mothra et Ghidorah. Mothra fait une brève apparition, juste histoire de dire « elle était là ». Mais c’est Ghidorah qui fait un retour inattendu. En fait, le seul kaiju totalement inédit du film, Monster X (un kaiju aux inspirations très Alien) est redoutable et va donner du fil à retordre à Godzilla. Mais lorsqu’il se retrouve acculé, Ghidorah va alors se transformer en Keizer Ghidorah.
Les effets spéciaux sont ahurissants, de la grande qualité pour un Godzilla, mais ont un aspect un peu plus manga live que les épisodes précédents, qui étaient plus réalistes. C’est le style du réalisateur qui veut ça, sa marque de fabrique est de rendre les actions très cartoon. S’il accorde un certain soin à la CGI utilisée pour les séquences des kaiju quand cela est nécessaire (car il recourt encore beaucoup aux maquettes afin de garder l’authenticité de la licence), il en accorde beaucoup moins pour représenter Zilla, le seul kaiju tout en CGI, qui a l’air totalement irréel et dont les textures donnent l’impression de regarder un jeu vidéo de la PlayStation 2. Mais il est aussi possible que ce soit volontaire puisqu’à sa mort, le chef des Xiliens n’hésitera pas à s’écrier « je savais que ce bouffeur de poissons n’était bon à rien » (en référence au fait que pour l’attirer dans le film de Roland Emmerich, l’armée utilise un tas de poissons).
Godzilla : Final Wars est un bel hommage à notre kaiju préféré et un bon moyen pour lui de tirer sa révérence. La franchise japonaise prend ainsi fin après 50 ans de bons et loyaux services, avant d’être revendue à Legendary Pictures quelques années plus tard pour créer le Monsterverse. Même s’il n’apparaît pas assez à l’écran, Godzilla sait démontrer ici sa toute puissance, pour notre plus grand plaisir.