Avec Going Clear, Alex Gibney signe l’un de ses documentaires les plus incisifs. En se basant sur les témoignages d’anciens dignitaires et membres de la Scientologie, il dévoile de l’intérieur un système d’emprise dont la logique se révèle à la fois méthodique, opaque et profondément humaine. Le montage sobre, presque clinique, laisse les récits parler d’eux-mêmes, et c’est sans doute ce qui rend le film si troublant : la violence morale s’y déploie sans fard.
Gibney excelle dans l’art d’ordonner des informations complexes. Il assemble archives, extraits promotionnels et interviews face caméra pour faire apparaître une trajectoire claire : fascination, adhésion, isolement, puis rupture douloureuse. On ne regarde pas seulement un documentaire sur la Scientologie ; on observe en direct comment une organisation peut redéfinir l’identité de ses membres jusqu’à les priver d’eux-mêmes.
Le film pèche peut-être par l’absence de contradictoire, conséquence directe du refus de l’Église de participer autrement que par des communiqués. Mais loin d’affaiblir Going Clear, cela renforce la sensation d’un monde clos, imperméable, que Gibney tente précisément de fissurer.
Au final, Going Clear s’impose comme un documentaire puissant, tendu et indispensable — une plongée dans la mécanique de la croyance qui hante longtemps après la projection.