Goliath, c'est ce personnage mythologique qui avait tout du favori et qui finalement sera vaincu par un outsider.
Goliath, c'est Phytosanis, une gigantesque entreprise d'agrochimie, productrice de la Tétrazine, et dont l'objectif est de faire procéder au renouvellement de sa mise sur le marché européen.
Outre le sujet d'une brûlante actualité, et synopsis sur lequel il me parait inutile de revenir (d'autres l'auront fait mieux que moi et avant surtout), le long métrage de Frédéric Tellier ose montrer, sans même qu'on en perçoive l'aberration, un communicant lobbyiste de ces pesticides mortels à la table, notamment des premier ministre, ministres de l'agriculture, de l'environnement, des finances, dans une scène aussi terrifiante que son horreur reste invisible et lissée dans des discours discréditant pourtant ouvertement la santé au profit de la valeur argent.
Le monologue de Vannec, judicieusement incarné par Jacques Perrin (digne témoin de la protection de la nature s'il en fût), juste au milieu du film, sert à lui seul l'argumentaire de la lutte contre les pesticides et autres perturbateurs chimiques de vie ! Monologue conclu par une brillante sentence adressée du feu scientifique à l'avocat :
Vous dérangez le secteur au moment où il met en oeuvre son plus grand projet : posséder le vivant ; Ils sont en train de privatiser la nature
Ce monologue trouvera son écho dans le plaidoyer de France, à la toute fin du film, brisant le Quatrième mur, s'adressant ainsi, dans un sourire d'espérance, directement à nous, spectateurs, acteurs et témoins détenteures du choix de décider de notre avenir : croire en un monde plus honnête et plus humain, débarrassé du profit...
Un film qu'il est urgent de voir ou revoir à l'aune des récents reculs sur la prise en compte tant de la planète que de nos corps et donc de notre « unique, sauvage et précieuse vie », et ce malgré la connaissance que nous avons, que nous Savons, car point n'est besoin d'être scientifique pour comprendre ces mises en garde qui courent dans les appels à la vigilance depuis le milieu des années 1970.
Pour ce film pamphlétaire et historique, une distribution remarquable autour de Gilles Lellouche, Pierre Niney e Emmanuelle Bercot, avec notamment de nombreux sociétaires brillantissimes de la Comédie Française et de grands incontournables du cinéma francophone.
Dans ce film, titré Goliath, pourtant perdant dans le défi qu'il lançait, cette fois, il semble gagner grâce à des attributs fallacieux au plus grand mépris de toute profondeur de champ, d'humanité, de réflexion.
L'excipit du film « dis-moi, qu'entends-tu faire de ton unique, sauvage et précieuse vie ? »* nous invite justement à sortir de la tranquillité de l'encéphalogramme plat d'une absence totale de perspectives pour les affres et les tourments de la justice ; faire la paix, oui, mais pas avec n'importe qui, ni à n'importe quel prix.
Sur la même thématique, on visionnera (ou revisionnera) notamment la série Jeux d'influence, laquelle, quant à elle, met l'accent sur le rôle des lanceurs d'alerte et des journalistes d'investigation dans la prise en compte et la connaissance des scandales sanitaires (https://www.senscritique.com/serie/jeux_d_influence/32077826).
Bon visionnage !
*citation de Mary Oliver dans La journée d'été