(critique écrite le 3 janvier 2021)


Gomorra est un film qui à beaucoup de choses à régler avec le cinéma américain, et qui le fait dès les premières minutes du film: outre le nom de Martin Scorsese apposé pour simplement "présenter" le film, la scène d'ouverture montre des personnages se faisant beaux à travers séance d'UV et manicure, avant d'être sauvagement assassinés par ceux avec qui ils plaisantaient naïvement il y a encore quelques instant. Tout est dit.


Le film va chercher à casser cette image enjolivée, superficielle et à montrer les difformités de ce monde qui a en majorité été montré comme un monde luxueux et attrayant par le cinéma américain, via Scorsese dont on parlait plus haut, mais particulièrement Coppola qui joué un grand rôle dans le classicisme et le côté chic de la mafia. Ici, les boss ne sont pas en costard et n'ont pas les cheveux gominés: ils sont torse nus, mal rasés et ressemblent à des clochards, comme se moquent les 2 jeunes personnages qu'on pourrait qualifier de principaux puisqu'ils sont ceux représentés sur l'affiche du film.


Ces 2 personnages sont le symbole du rêve, non pas américain mais à l'américaine, voulant se faire plus grand que ce qu'ils ne sont, étant prêt à tout pour arriver au sommet et singeant littéralement Tony Montana, jusqu'à singer sa fin tragique. Ils sont aussi là pour appuyer, surtout dans leur mort, l'idée générale développée dans le film qui veut que les faibles soient recyclés par les plus forts et réutilisés ailleurs: de la même façon que la misère et l'horreur de la Scampia et plus généralement de la mafia italienne à engrangée des grands succès du cinéma américain, les corps inertes des 2 jeunes, emportés lors de l'ultime scène par un tractopelle, servent symboliquement de terreau à la création de grands bâtiments, et pourquoi pas à la reconstruction des Twin Towers comme l'indiquent les cartons du générique de fins.


Sachant que c'est Scorsese qui s'est proposé de présenter le film, Il y a fort à parier que Scorsese a compris ce qu'il devait, lui et ses congénères, à Gomorra. Il en reste un film vengeur, brut et intimiste, qui prend en compte le fait de débarquer après des années de cinéma criminel américain, et qui prend donc, de fait, une toute autre dimension.


tldr: C'est David contre Goliath, où David est un girondin dénonçant la mondialisation.

Ghettoyaco
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le 16 juin 2026

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