Pourquoi Gone Girl est nul (j’ai quatre arguments)
1. Les personnages ne font pas partie du commun des mortels. Ce sont des manipulateurs, des sociopathes, qui parlent comme on parle dans les thrillers. C’est un thriller, ok, mais à ce titre je préfère lire le scénario et m’imaginer moi-même leurs secrets, leurs parts d’ombres, plutôt que de voir des acteurs essayer de donner corps à ces gens-là. Et j’aime beaucoup Rosamund Pike dans ce rôle. Il y a juste des personnages aux intentions trop grandes, en décalage avec la crédibilité que cherche à construire FIncher dans la première partie du film (et qui fonctionne pendant un certain temps, avant de tomber en miette).
2. Le scénario ne dit rien du tout. C’est une pirouette, une montagne russe, un labyrinthe, ce que vous voudrez, mais on n’apprend rien des histoires de ce couple de tarés. Le mariage rend fou? L’amour est condamné à s’effriter, inexorablement, comme du sucre dans l’air? En gros : c’est le mariage qui donne aux amants cette pulsion de mort qui leur a été dérobée au moment des voeux sacrés. L’idée n’est pas nulle, mais elle ne marche pas ici, parce que les personnages sont mal dessinés. L’un comme l’autre vont dans des extrêmes qui ne me donnent plus l’envie de m’attacher à leur destin.
3. L’intrigue secondaire des médias et de la télé qui influe sur l’opinion d’une nation entière est risible et dépassée. Ca veut dire beaucoup de chose sur notre impassibilité et notre docilité mais c’est déconnecté de l’avancée réelle des technologies et des préoccupations du commun des mortels. Ca marchait dans Fight Club car la critique était conduite par une intrigue qui se passait dans le monde “souterrain”, le monde des reclus, des rejetés, de ceux qui ont une raison de penser complot et manipulation. Ici, il y a un problème entre la présence du “mainstream” et la dimension intime du complot de ce couple.
4. Le personnage de Ben Affleck trompe sa femme et Fincher veut que j’ai encore de l’empathie pour lui? Pourquoi sa femme est-elle filmée comme la grande manipulatrice? Est-ce que je suis le seul à avoir été gêné par ça? Est-ce que ma position féministe est en désaccord avec ma position de spectateur? Et si oui, à qui est-ce la faute, à moi ou à Fincher?